mardi 12 février 2013

Les services municipaux - Commentaire du marché du travail


J'ai précédemment abordé le sujet du financement des arrondissements dans un contexte de conjoncture économique volatile.  Je veux aujourd'hui mettre en lumière quelques particularités du marché du travail des employés de la fonction publique au Québec.

On a assez parlé dans les derniers mois de la corruption à la Ville de Montréal, Laval et autres.  Je ne traiterai pas de ce sujet, puisque la vérité reste à être établie.  Je veux cependant commenter la dominance/force des travailleurs sur le marché du travail spécifiques aux cols bleus. 

Un salaire est théoriquement expliqué en économie par la productivité marginale d’un travailleur : plus un employé apporte à la firme ou à la société, plus il sera rémunéré.  D’autres facteurs influencent les salaires sur les marchés, comme la rareté d’une certaine compétence.  Un des meilleurs exemples est celui des réparateurs d’ascenseurs : parce qu’il n’en existe que très peu et que leurs services sont « essentiels », ces individus gagnent plus qu’un mécanicien à égale compétence dans un autre domaine.  D’autre part, en pratique, les salaires sont également déterminés par les syndicats qui doivent défendre les travailleurs, notamment par la sécurité d’emploi.  La force d’un syndicat et la rareté d’une compétence augmente la dominance des travailleurs sur le marché du travail, en opposition à un marché dominé par les employeurs.
Il ne fait aucun doute que les employés du secteur public à travers le Québec sont bien protégés par les syndicats.  Toutefois, si on dit souvent que les infirmières, médecins et professeurs d’université ne sont pas payés à un salaire concurrentiel par rapport aux États-Unis par exemple, il ne fait aucun doute que les cols bleus de la Ville ne gagnent pas mal leur vie. 

J’avais énoncé dans un post précédent que les services municipaux ne peuvent être effectués que par l’État alors que d’autres services de responsabilité provinciale comme les soins de santé et l’éducation post-secondaire pourraient être administrés de façon privée.  Il reste que nous avons fait des choix dans le passé, qui fond que dans la structure actuelle de la société québécoise, le service des médecins est qualifié d’essentiel.  Si bien que ceux-ci ne peuvent utiliser des moyens de pressions efficaces comme la grève pour négocier un meilleur salaire parce que leur expertise est nécessaire pour sauver des vies.  C’est la même chose pour les professeurs d’université qui prennent en otage une cohorte entière d’étudiants, entraînant une pénurie de main d’œuvre spécialisée lorsque ceux-là font la grève.  Lorsque ces « employés » du secteur public provincial ont déclenché un arrêt de travail à des fins de négociation salariale, on a assisté dans les dernières années à des outils peu conventionnels comme un « bâillon » pour forcer leur retour.  De leur côté, les employés d’entretien du métro ou les cols bleus montréalais peuvent arrêter de travailler sans qu’un impact négatif sur la société leur soit attribué, du moins à première vue.

Il est facile de relier la vie d’un patient à la grève d’un médecin, mais qu’en est-il du ralentissement économique engendré par des rues non-déneigées en hiver? Je cherche à savoir d’où vient la dominance des cols bleus montréalais dans leur négociation salariale : s’agit-il d’un avantage historique, de ne pas faire face à un employeur qui peut passer des lois spéciales, du caractère fondamentalement « essentiel » de leur emploi (en comparaison à un caractère historiquement « essentiel » pour les services provinciaux), ou de l’ignorance des effets négatifs que ne provoque une grève.  Si des études pouvaient dénoter hors de tout doute les répercussions négatives de l’absence de déneigement par exemple, pourrions-nous nous attendre au prolongement de lois spéciales au niveau municipal, ou au limitation de celles-ci au niveau provincial?

J’ai récemment entendu parler d’une comparaison entre le Canada et les pays scandinaves, où les employés de la fonction publique possèdent une bien moins bonne sécurité d’emploi.  Les syndicats québécois ont fait des gains considérables historiquement à ce sujet et dans l’optique où cette sécurité d’emploi fait partie de nos contraintes de ressources aujourd’hui, il est intéressant de se questionner sur les moyens de maximiser l’efficacité des dépenses et des services publics.