mardi 18 décembre 2012

Les téléphones intelligents : objets de luxe?

J'écris ce post en faisant suite à un retweet de @geraldfillion qui citait des statistiques concernant l'utilisation du téléphone cellulaire chez les adultes: "66% des adultes québécois possèdent un téléphone cellulaire (de base ou intelligent) mais la popularité des téléphones de base diminue" (@cefrio).  Ce post est en quelque sorte un commentaire de cette annonce.  Je discuterai du marché du téléphone cellulaire et venterai ensuite les départements marketing des compagnies de téléphonie mobile pour le bon travail qu'ils ont fait.

Mon père, professeur en génie électrique à l'École Polytechnique de Montréal ne possède pas de téléphone cellulaire.  Il a déterminé qu'il n'en avait pas besoin.  Il y a 20 ans, personne n'en avait besoin (vous en êtes bien sûr au courant).  L'innovation du téléphone de base nous a amené aujourd'hui à posséder dans le fond de notre poche un appareil qui permet de gérer nos courriel, de nous orienter où que nous soyons, de prendre des photos, d'écouter de la musique, de surfer sur le web, etc.  Il permet aussi de faire des appels...   Ces appareils sont attrayants, mais coûte très chers.  Si vous n'aviez pas l'opportunité de vous procurer un téléphone gratuitement en souscrivant à un service téléphonique, achèteriez-vous un téléphone à 800$?  Les compagnies de téléphonie ont bénéficié du marché d'un bien qui est inutile sans le paiement mensuel d'un service.  Un tel bien est très propice à la structure de contrat.

Mon commentaire ici est de discuter si l'augmentation de la proportion d'utilisateur de téléphones intelligents augmente parce que les consommateurs ont besoin de gérer leur courriel, leur réseau sociaux, ou de prendre des photos ou parce que les téléphones plus chers assurent des forfaits mensuels plus chers et que les compagnies de téléphonie ont avantage à n'offrir que ces téléphones.  Est-ce que cette proportion augmente parce que la demande augmente, ou bien parce que l'offre augmente (et l'offre de téléphone de base diminue)?

Je me permets de faire un parallèle entre l'entrée en marché des téléphones cellulaires de base suivie d'une hausse des tarifs des téléphones publics et l'entrée en marché des téléphones intelligents suivie d'une diminution de l'offre de téléphones cellulaires de base.  Si le coût marginal des téléphones publics n'a certainement pas doublé pour expliquer le passage du 25 sous aux 50 sous par appel, je questionne si la demande pour les téléphones de base a réellement baissé.  Combien de gens se sont procurer un téléphone cellulaire lorsqu'appeler d'une cabine coûtait deux fois plus cher? Je fais partie de ces gens et je soupçonne Bell d'avoir délibérément opérer cette hausse de prix pour amener les consommateurs à substituer le 50 sous/appel pour un téléphone cellulaire.  Le consommateur qui ne cherche pas un téléphone intelligent parce que ces besoins ne sont qu'appels et messages textes, mais qui cherche un appareil au design attrayant est actuellement très mal servi.

Cette diminution d'offre n'est certainement pas qu'opérée par les fournisseurs de service mobile mais par les fabricants de téléphones cellulaires.  Le véritable coût des téléphones intelligents réside dans le R&D.  Une fois que le téléphone est conçu, pourquoi continuer à produire des téléphones de base si on peut vendre plus cher un produit de meilleur qualité à la place.  Le concept de qualité qui amène effectivement les employés à être plus productifs est différent pour le consommateur.  Celui-ci y perd possiblement son compte.

Il est impératif que les gens d'affaires gagnent en productivité lorsqu'ils ont accès à leurs courriels en tout temps.  Je questionne toutefois la pertinence de posséder pour un consommateur un téléphone intelligent.  Mon texte ne présente que la possibilité du contrôle de l'offre par les fournisseurs de service téléphonique, mais le bon marketing des téléphones intelligents est probablement à la source d'une modification des "besoins" des consommateurs.  Si vous vous déplacez et avez peur de vous perdre, prenez des notes.  Si vous voulez enregistrer un vidéo ou prendre des photos, faites-le avec une caméra, qui sera probablement encore bonne dans 3 ans.  Le téléphone cellulaire a amené la téléphonie à un autre niveau, je ne remets donc pas en question sa pertinence quant aux appels en tout lieu. C'est pourquoi je pense que s'il est difficile de renoncer à un téléphone cellulaire, mais que renoncer à un téléphone intelligent est plus facile.

Je crois finalement que la proportion d'utilisateur de téléphone intelligent augmente, parce que les consommateurs en demande plus (à tort ou à raison), mais également parce que les fournisseurs de téléphones ont augmenté leur offre et réduit celle de biens substitut qu'est le téléphone de base.


mardi 14 août 2012

La campagne électorale - Le Parti Libéral du Québec

La présente campagne électorale est décrite par plusieurs analystes comme une campagne de négation, une campagne où le vote stratégique sera plus présent que jamais: "Voter pour celui qui a le plus chance de ne pas faire rentrer les Libéraux!" par exemple.  Je vous propose dans les prochaines semaines un revue des partis aspirants au pouvoir et de leurs politiques afin de défaire de mythe.  Un gouvernement réellement gagnant au Québec sera celui qui aura su se faire élire parce qu'il a une vision du Québec partagée par ses électeurs, et non parce que ces derniers ne partagent pas celle des autres partis.

Comme je l'ai fait plus tôt cette année avec la CAQ, je me permets de porter certains commentaires sur les gestes et annonces du Parti Libéral du Québec.  Je tiens à rappeler ici que le point de vue exprimé dans ce texte porte plus particulièrement sur l'économique des politiques proposées.  Il sera d'abord question d'un bref résumé des annonces du PLQ depuis le début de la présente campagne électorale, suivra la critique de celles-ci. On dit souvent que les politiciens parlent à travers leur chapeau, qu'ils font des promesses qu'ils ne peuvent pas tenir.  Je propose de poser l'hypothèse suivante: les trois partis principaux (PQ, CAQ, PLQ) sont tous également crédibles dans leurs annonces.  Il ne sera pas question dans ce post de vérification de la faisabilité des promesses non plus (ou presque pas).

Au courant des dernières semaines, Jean Charest a fait l'annonce de plusieurs mesures concernant la famille. D'abord, le Premier Ministre veut indexer le prix des garderie à 7$ au niveau de l'IPC, ensuite, il annonce un soutient financier à l'achat de fourniture scolaire pour les enfants fréquentant l'école primaire publique.  Puis, les soins dentaires seront dorénavant plus accessibles aux jeunes.   

Dans le secteur de l'emploi, un gouvernement libéral créera 250 000 postes d'ici 2017 afin d'atteindre le plein emploi, et orientera la formation afin de combler les besoins du Plan Nord. Des réductions d'impôt seront accordées aux investisseurs qui placeront leur argent dans ce même projet de développement minier.  Jean Charest veut finalement augmenter le taux de réduction de la dette. 

L'indexation au niveau de prix des garderies à 7$ est une proposition qui va de soit à mon avis.  Il est vrai que le gouvernement libéral avait augmenté le prix de ce service de 2$ a son entrée au pouvoir, mais ne pas ajuster le 7$ signifie diminuer le prix réel à chaque année.  Cela ne représente donc aucune augmentation et ne bouleverse aucun état d'équité.  Le soutient financier de 100$ à l'achat de fourniture scolaire est une bonne nouvelle en soit mais augmente encore une fois la taille de l'État.  Elle est toutefois bien appliquée dans la mesure où seulement les jeunes fréquentant l'école publique (généralement plus pauvres) peuvent en bénéficier.  Le soutient aux familles est donc renforcé une fois de plus.  Je tends à penser qu'une mesure comme celle-ci découle des choix en éducation faits dans les dernières années (la fameuse réforme de l'éducation dont les bienfaits ne seront probablement jamais estimés par peur des résultats n'encourage-t-elle pas la surconsommation de fournitures scolaires?).  

Finalement, les soins dentaires dorénavant plus accessibles aux jeunes est à mon avis un pas dans la mauvaise direction faite par le PLQ.  En plus d'ajouter encore une fois un bras au gouvernement dans un secteur, celui-ci profitera d'une certaine forme d'encouragement dont il n'a pas besoin. Si vous êtes familiés avec le concept de l'offre et de la demande, vous êtes probablement également au courant que les dentistes chargent des honoraires plutôt élevés.  Les soins dentaires sont un service nécessaire et ils coûtent très chers.  Le gouvernement a donc le choix d'effectuer un choc sur l'offre ou la demande.  Une augmentation de la demande (comme la mesure annoncée le suggère) augmente le prix d'équilibre du marché des soins dentaires.  En quoi une telle politique peut aller dans le sens du biens commun si elle favorise l'industrie dentaire.  Une politique alternative qui pourrait rendre accessible les soins dentaires aux jeunes sera une contrôle sur l'offre, par exemple en imposant un prix fixe pour tous les différents soins dentaires aux jeunes ou en ajoutant une taxe sur cette industrie qui ne pourrait être refilée aux consommateurs servant à financer les soins aux jeunes.

Pour ce qui est de l'annonce faite dans le secteur de l'emploi, les économistes s'entendront pour dire qu'une promesse de création de 250 000 emplois est malgré l'hypothèse faite plus haut, loin d'être crédible.  La seule explication plausible est que le fameux Plan Nord sera assez développé d'ici 2017 et que plusieurs emplois seront créés, des emplois qui n'auraient jamais existé sans ce projet.  Les emplois créés dans le Nord liés au projet de développement minier ne témoigne encore une fois d'une trop grande part de décision du gouvernement dans la vie des citoyens.  Avec les subventions d'un gouvernement libéral, il sera bien sûr plus intéressant pour un Québécois d'aller travailler dans le Grand Nord plutôt que de rester dans les villes.  Cependant, ce déplacement de main d'oeuvre à un coût, pour l'État et pour l'individu.  Le Québec aura nécessairement besoin de travailleurs étrangers pour combler la demande de travailleurs dans les mines, ce qui certes, augmentera le nombre de travailleurs, mais également la population.  La cible de 6% du taux de chômage du gouvernement libéral sera encore plus difficile à atteindre.  De plus, la plupart des emplois sont créés simplement lorsque la conjoncture économique est bonne: un gouvernement qui favorise le secteur minier au détriment des autres ne guide certainement l'économie dans la bonne direction puisque si les choix ont à être faits, ils se feront sans l'aide de l'État.  Idem pour les crédit d'impôt à l'investissement dans le Plan Nord.

Finalement une annonce plus qu'intéressante faite par le gouvernement Libéral est l'augmentation du taux de remboursement de la dette (ou la diminution du taux d'augmentation...).  Il est rare qu'en campagne électoral, un parti se prononce sur un sujet aussi peu intéressant que la dette, cela signifie qu'il est plus que temps d'en parler parce que celle-ci devient d'une taille alarmante.

jeudi 24 mai 2012

L'économie du sport

Ce post sera bref, contrairement aux derniers, et ne fera que soulever une idée que j'ai eu qui est une centralisation du rôle de l'état autour de l'activité physique.  Comme on l'observe avec l'environnement, les gouvernement à travers le monde tentent de plus en plus de réglementer les émissions de gaz à effet de serre.  On veut garder notre planète comme elle est le plus longtemps possible. On veut entre autre stabiliser notre stock d'eau potable, de ressources naturelles pour ne pas vivre dans des déserts dans les prochains siècles.

Comme les soins de santé sont de plus en plus coûteux avec le vieillissement de la population, il serait peut-être optimal de procéder par prévention comme ce l'est dans le cas de l'environnement.  Les maladies cardio-vasculaires sont l'une des principales causes de mortalité au Canada, tellement qu'un médecin que je ne citerai pas a déjà apparemment dit: les gens devraient recommencer à fumer, il mangerait moins et l'obésité disparaîtrait.  C'est sur ce ton donc que je lance l'idée d'un programme d'activité physique faisant parti intégrante de la vie quotidienne.  Faire du sport au moins Xh à chaque jour pour tout le monde.

Il est vrai que d'une part, le nombre de blessures reliées au sport serait peut-être important mais les gens seraient plus énergiques. Les gens seraient motivés.  Je ne connais pas tous les bienfaits de l'activité physique et quelle est l'intensité optimale du sport dans une journée, mais je crois qu'un monde qui tourne autour de ça ne peut que mieux se porter.

À suivre...

vendredi 18 mai 2012

Le "nouveau" stade Saputo

L'Impact de Montréal disputera son premier match dans son domicile nouvellement rénové, le Stade Saputo, le 16 juin prochain.  Les travaux d'agrandissement ont été justifiés par l'entrée en MLS (Major League Soccer) du club de soccer Montréalais.  Le stade qui a initialement été construit entièrement a partir de fonds privés (17M) en 2007 a cette fois-ci eu recourt à une injection de fonds publics (23M) provinciaux alors que la famille Saputo y a investit 27M de sa poche.  Le soccer, loin d'être aussi populaire que le hockey au Québec, fait sa place alors que l'Impact attire énormément de gens au stade olympique depuis le début de la saison. C'est que notre club a rejoint le niveau le plus compétitif en Amérique du Nord, où des vedettes mondiales comme Thierry Henry et David Beckham y jouent.  Je questionnais il y a quelques semaines la pertinence d'un investissement majeur dans la construction d'infrastructures visant à accueillir des équipes professionnelles.  Le rôle de l'état minimisé dans ce projet est a mon avis la démonstration d'une bonne gestion de fonds publics.

Le gouvernement provincial a agit correctement dans la mesure où il a été équitable sur le plan horizontal. L'équité horizontale signifie que les projets similaires sont traités de la même manière.  Autant le stade Percival-Molson de l'Université McGill a bénéficié d'une subvention gouvernementale de 14M de dollars lors des travaux d'agrandissement en 2010, c'est maintenant 23M que le gouvernement s'engage à investir. En comparant le montant investit, on peut dire que l'état a été constant dans ses décisions.

Pour le stade de football, l'investissement public représentait 60% des coûts totaux alors qu'il n'est que de 46% pour le stade Saputo. Cet écart se justifie parce que le stade de Percival-Molson est partie intégrante du campus de McGill, et donc qu'il ne bénéficie pas seulement à un club professionnel comparativement au stade de soccer qui appartient à la famille Saputo.

D'autre part, la décision semble assez douteuse de la part du gouvernement puisqu'encore une fois, le stade olympique, qui a coûté si cher à construire aurait pu être un endroit idéal pour que l'Impact y dispute ses matchs. Le gouvernement a plutôt encouragé la construction d'un bien substitut à un stade qu'il louait et donc engendrait des revenus à l'État. Il est évident que le stade olympique ne fait pas l'unanimité en terme d'architecture, reste qu'il est un des symboles de la ville de Montréal et que l'arrivée d'un club de soccer dans la plus important ligue en Amérique du Nord aurait pu être une excellente opportunité de retaper l'image d'une bâtisse qui n'aura qu'à présent la seule fonction d'accueillir le Monster Spectacular. Peut-être que les coûts de location du stade étant trop grands, Joey Saputo aurait choisi de simplement aller jouer dans son stade. Mais pourquoi le gouvernement l'encourage-t-il?

Dans la mesure où le gouvernement subventionne la construction d'un bien qui substitue l'exploitation d'un stade qui lui rapportait des rentes, je crois qu'une telle décision n'était pas très éclairée. Imaginez-vous assister à un match de l'Impact, à la mi-juillet en soirée, dans un stade olympique sans mat...

(source: cyberpresse.ca)

Cependant, comme nous le savons tous, en période de crise économique, il est important d'investir dans les infrastructures.  C'est l'un des ingrédients magiques pour une reprise mais l'État a la fâcheuse habitude de sortir de son champ de responsabilité comme les routes, les ponts, les édifices publics pour investir dans les stades sportifs.  Si ceux-ci ne sont pas exploités à des fins privés, on peut comparer un tel investissement à celui fait dans une bibliothèque: être actif n'est-il pas aussi important que d'être érudit et cultivé? Je constate qu'un 23M est un investissement modeste et c'est sur ce plan que je félicite le gouvernement. Il se devait d'être conséquent et de traiter tous les projets de la même manière, que ce soit un stade de soccer ou de football.

Peut-être que le sport professionnel n'encourage pas seulement les gens à s'asseoir, regarder la télé et boire une bière, mais incite les jeunes à aller jouer dehors pour devenir comme leurs idoles. J'y crois quand on parle de soccer, mais pas de hockey, la culture des deux sports étant bien différente!

(source: rds.ca)

mercredi 16 mai 2012

Courchesne pourra-t-elle faire la différence?

Suite à la décision de Lyne Beauchamp de quitter le poste de ministre de l'éducation, des loisirs et du sport, Jean Charest a annoncé la nomination de Michelle Courchesne pour combler le poste.  C'est un retour pour madame Courchesne qui a occupé ces fonctions entre 2007 et 2010.  La députée Libéral dans la circonscription de Fabre depuis 2003 s'est souvent mis dans l'embarras, ce qui m'amène à questionner si sa nomination pourrait aider à résoudre la "crise" qui dure déjà depuis plus de 90 jours. Je délaisserai donc l'économie pour une analyse politique amatrice.

Comme certains observateurs l'ont soulevé, la grande majorité des étudiants québécois ont terminé leur session d'hiver et la grogne qui se fait entendre est maintenant un mouvement de contestation contre le parti Libéral qui, on doit le dire, a mis les pieds dans la plats en matière de corruptions et de conflits d'intérêt. La gestion de la crise dans les milieux de la construction et des garderies subventionnées a effectivement soulevé des questions.  Si on peut se réjouir d'une conscientisation politique de la part des jeunes québécois, on ne peut espérer qu'ils ne votent en plus grand nombre aux prochaines élections. Le conflit ayant aboutit dans un cul-de-sac, la démission de Lyne Beauchamp veut à mon sens tout dire dans la mesure où elle était impuissante face à ce qui se déroulait devant elle.

D'une part, les mouvements étudiants qui ne sont pas encore retourné en classe n'abdiqueront pas devant n'importe quelle offre; elle doit leur en donner beaucoup! D'autre part, Raymond Bachand, le ministre des finances du Québec doit allouer les ressources dans les différents secteurs publics québécois afin d'optimiser notre bien-être commun présent et futur.  Le gouvernement libéral a déterminé que dans la conjoncture économique actuelle, les choix doivent stabiliser notre économie et assurer des rentes futures.  Ce choix passe entre autre par le Plan Nord, projet qui se veut une des réalisations les plus importantes du gouvernement de Jean Charest. Après l'instauration d'un impôt forfaitaire sur la santé dans le budget 2010, c'est au tour du secteur de l'éducation d'encaisser les coupures avec une hausse anticipée dans les 5 (7?) prochaines années.

Le rôle traditionnel du ministre navigue entre tirer le plus de ressources possibles des impôts pour les injecter dans son ministère et de respecter l'orientation du parti dans ses politiques.  Si Lyne Beauchamp n'a pu régler le conflit, c'est peut-être parce que les politiques libérales ne le permettaient pas.  Elle a également eu beaucoup de difficulté à expliquer les détails et la raison de la hausse.

Michelle Courchesne, qui semble avoir plus d'influence dans le caucus Libéral doit maintenant jouer le rôle de bonne communicatrice entre les deux partis.  Même si la décision revient au gouvernement, il est nécessaire que les étudiants comprennent le pourquoi du choix. Cette décision du premier ministre montre encore une fois que Jean Charest est un excellent stratège: si le passé de madame Courchesne semble louche, la placer dans cette position ne pourra que détourner l'attention. Si le conflit étudiant se termine alors qu'elle est ministre de l'éducation, on ne se souviendra plus de la ministre de la famille qui a donnée des permis de garderie subventionnée à des donateurs libéraux mais de la femme de fer qui a réussi un tour de force en mettant fin à ce conflit étudiant historique (et si elle ne règle rien, devra-t-elle démissionner, amenant avec elle les apparences de conflits d'intérêt?).

mercredi 25 avril 2012

Du pain et des jeux - Du Colisée de Rome au nouveau Colisée de Québec

Cette idée trotte dans ma tête depuis quelques mois, voir quelques années, mais le sujet est toujours d'actualité : le financement public d'un stade (ou d'un amphithéâtre multifonctionnel dans le cas de Québec).  C'est au courant de la semaine dernière qu'on a soulevé l'idée d'un projet similaire qu'à Québec dans une banlieue de Toronto à Markham, où la proposition de financement pour la construction d'un aréna de 20 000 places sera amenée au conseil municipal. L'intérêt économique d'une telle décision politique m'amène à commenter ce genre de choix, qui donne aux différents gouvernements une place encore plus importante dans la vie des citoyens.  Les angles d'attaque sont nombreux sur un sujet comme celui-ci, d'une part, du côté de la finance publique et d'autre part du côté de la théorie des jeux (où dans le cas de la ville de Québec, Quebecor et Régis Labeaume sortent gagnants). Je ne commenterai toutefois que l'engagement du gouvernement provincial, la politique municipale m'étant moins connue.

Des projets comme ceux-là sont à mon avis inquiétants lorsqu'on pense que le Québec possède un ratio dette/PIB de 94%, un chiffre extrêmement alarmant. Ils me font penser aux demandes des citoyens de l'Empire romain qui bien installés à Rome, vivaient des rentes des nouvelles conquêtes et devinrent un peuple oisif ("Du pain et des jeux!"), ce qui mena à leur déclin. Alors que nous sommes bien installés en Amérique du Nord, on peut se permettre des luxes comme la construction de stades, mais pourquoi devrait-on passer par l'État pour cela? La réponse est que le rôle de l'État est très mal défini aujourd'hui.  Si cette institution a d'abord été crée pour gérer le commerce entre territoires (la seule levée de taxe se faisait aux douanes), elle représente de nos jours, sur le plan économique, un rôle beaucoup plus grand en assurant la redistribution de la richesse, par des transferts, mais également par des services de soins de santé, des routes et des ponts, des services d'éducation primaire, secondaire et universitaire accessibles à tous (et représente plus de 30% du revenu des citoyens). 

La construction d'amphithéâtre afin d'attirer un club de hockey professionnel me dépasse largement parce qu'en plus de ne pas être une richesse partagée par tous les Québécois (les gens de la ville de Québec en profiteront beaucoup plus), il s'agit d'un projet qui n'a que des intérêts privés. Comme je l'ai écrit dans un de mes posts précédents, le gouvernement a une contrainte budgétaire et elle peut offrir plus de services si elle prélève plus de taxes.  Dans le contexte actuel, il est inacceptable de contribuer au déficit budgétaire avec la construction d'un stade aux intérêts privés.  Il est important de rappeler que la construction et rénovation d'infrastructures sont d'excellents projets pour stimuler l'économie.  Ce n'est cependant pas le cas avec tous les projets (imaginez la construction d'un immense dinosaure sur le bord de la 20 pour remplacer le Madrid...). Si avec un budget de 400G$, on renonçait à la construction du nouveau Colisée , mais on installait une ligne de métro à Québec, ou que l'on contribuait à la construction du nouveau pont Champlain, ces choix stimuleraient de manière égale le milieu de la construction, en plus de stimuler l'activité économique de Montréal ou de Québec.  

Si à mon avis, la construction de stades à des fins d'exploitation privée sort de la juridiction provinciale, le projet aurait été réalisé si les intérêts privés avaient été là, comme l'entend la pensée économique classique.  Ce qui m'amène à la deuxième partie où je critique la prise de position hâtive des gouvernements dans le dossier.

La construction d'un nouvel amphithéâtre à Québec est un projet très populaire, pas seulement dans la ville de Québec, mais à travers la province.  Les chances sont bonnes que si le Colisée est finalement construit, un club de hockey professionnel viendra s'établir à Québec, ce qui rend le projet assez rentable pour les entreprises. D'autre part, les gouvernements peuvent s'assurer un capital de popularité avec un appui financier (même si ça n'a pas sa place comme je l'ai commenté plus haut). Cependant, le déménagement d'une équipe n'est pas assuré et c'est en présence de cette incertitude que les corporations comme Quebecor et les paliers de gouvernement provincial et municipal se sont livré un jeu dynamique (Théorie des jeux - Oskar Morgenstern et John von Neumann). 

Dans la théorie économique, la théorie des jeux analyse les stratégies  que les différents participants du jeux peuvent poser pour en retirer un gain optimal.  L'exemple classique est le dilemme du prisonnier (où le résultat n'est pas la solution efficace) Les joueurs (participants) dans ce contexte-ci sont le gouvernement et les corporations.  Un jeu dit dynamique signifie que la composante de temps influencera les stratégies. La situation initiale se décrit lorsqu'à la ville de Québec, on sent de plus en plus d'intérêt pour ramener les Nordiques en ville. Ceci sera peut-être fait à la condition qu'un nouvel aréna soit construit.  Cependant, le nombre d'entreprises et la taille de celles-ci ne suffisent pas à lever les fonds adéquats. Le jeu commence ici: si l'entreprise Quebecor voit une rentabilité potentielle dans le projet, elle sait qu'en ne s'engageant pas, elle force les gouvernements (qui reçoivent beaucoup de pression pour investir) à agir en premier, et ce qu'ils font. La ville de Québec et le gouvernement provincial annoncent qu'ils financeront entièrement la construction de l'amphithéâtre, qu'ils loueront par la suite. Quebecor a maintenant beau jeu de s'engager à louer le stade à un prix conditionnel au déménagement d'une équipe de hockey.  

Si le gouvernement fédéral a résisté à la pression populaire, le gouvernement provincial s'est engagé dans un projet qui deviendra peut-être rentable si un club de hockey professionnel s'amène à Québec et nécessairement déficitaire sinon.  Il a pris toute la part du risque, laissant à Quebecor un rente assurée.  C'est le résultat d'un jeu en deux étapes où les perdants sont les contribuables puisque les gouvernements bénéficient aujourd'hui d'un excellent capital de popularité et les entreprises de rentes assurées, alors que les payeurs de taxes doivent assumer le risque (équipe de hockey et rentabilité ou pas) pour un projet à intérêt privé.  



vendredi 23 mars 2012

Droits de scolarité - la facilité de la moyenne et le bénéfice de l’assurance


Après mon premier post traitant des droits de scolarité dans un contexte de marché imparfait, je poursuis mon analyse en présentant une raison pour laquelle le gouvernement devrait investir dans l’éducation post-secondaire. Pourquoi les « travailleurs » devraient payer pour les « étudiants » (entre guillemets puisque l’un n’exclut pas l’autre). Malheureusement, pour gagner un peu de rigueur, ce texte aborde peut-être des sujets de la science économique un peu plus poussés. (Wonkish) comme dirait Krugman.

L’argument voulant que l’éducation post-secondaire soit un investissement (très rentable d’ailleurs) se tient, même si une multitude d’autres considérations doivent être prises en compte. Dans sa dernière chronique de La Presse, Yves Boisvert avance que les diplômés universitaires gagneront en moyenne beaucoup plus d’argent que sans diplôme. En plus de tous les problèmes d’endogénéité qu’une analyse comme celle-ci fait face et que des analystes non-initiés à l’étude statistique (M. Boisvert, je parle de vous) ne comprennent pas, il est important de noter qu’il s’agit ici d’une moyenne. Plusieurs étudiants ne trouveront pas d’emploi dans leur domaine ou accepteront des emplois moins bien rémunérés que ce qu’ils escomptaient en entreprenant leurs études.

M. Boisvert ne regarde pas l’autre côté de la médaille, à savoir que ces mêmes étudiants qui gagneront plus seront aussi ceux qui paieront le plus d’impôt. Sur les centaines de milliers à deux millions de plus que représente selon lui ce diplôme, le gouvernement en retirera une partie. Estimer la partie exacte de ce surplus qui servira à financer le système d’éducation de nos enfants me semble difficile, mais je conjecture que les étudiants paieront leur juste part dans les années à venir.

J’aimerais maintenant présenter le point central de mon analyse. Pourquoi le financement de l’éducation post-secondaire ne pourrait-il pas être considéré comme une assurance? Lorsqu’on se trouve face à l’incertitude (par exemple la possibilité d’un accident d’auto), il est logique de prendre une assurance. De plus, les récents développements dans le domaine de la finance ont permis d’assurer énormément d’investissement. Théoriquement, ceci s’explique par le fait que nous n’aimons pas le risque (nous sommes averse au risque). La compagnie d’assurance a des milliers de clients et ceci leur permet de pratiquement éliminer le risque. En effet, la loi des grands nombres fait son travail. La probabilité que tous les assurés aient un accident en même temps (ou que leur investissement échoue) est extrêmement faible et négligeable. À terme, tout le monde y trouve son compte : Les assurés ont pu diminuer le risque et ainsi augmenter leur bien-être, et les assureurs peuvent retirer un profit de cette transaction, en chargeant un peu plus que la moyenne de leurs coûts.

En matière d’éducation, il serait souhaitable que des compagnies d’assurance permettent ce genre de transaction. Pour des raisons évidentes de risque moral  et de sélection adverse, ceci est impossible. Le gouvernement entre donc en jeu. Théoriquement, le gouvernement aurait la chance ici d’agir comme un assureur (avec les profits qui s’y rattachent). L’étudiant désire étudier mais ne connait pas les retombés économiques de son choix. Peut-être qu’un étudiant en histoire de l’art gagnera moins que s’il avait suivi des cours de plomberie. Peut-être aussi que le HEC formera un grand gestionnaire qui gagnera plusieurs dizaine de millions de plus grâce à son diplôme. Ces exemples démontrent le risque que les étudiants font face lorsqu’ils entreprennent leurs études.

D’un autre côté, lorsque vient le temps de quitter l’université et d’entrer sur le marché du travail, l’étudiant commence alors sa vie de payeur de taxe. Comme M. Boisvert l’a expliqué, en moyenne, le diplômé universitaire gagnera plus que sans diplôme. Sur cette augmentation, il paiera des taxes. Plus son « investissement » aura été rentable, plus il paiera de taxes, merci à notre système d’impôt progressif. C’est donc la définition même de l’assurance. Si on est chanceux (pas d’accident ou investissement rentable), l’assureur gagne. Si on est malchanceux, les coûts d’éducation assumés par le gouvernement auront été plus grand que les bénéfices (ou les profits seront moins grand). Avec les chiffres et les analyses qui démontrent à quel point l’éducation est un investissement rentable, je crois que le gouvernement sort gagnant de cette transaction.

La hausse des frais de scolarité est une question de société qu’on doit analyser à long-terme, et non session par session. J’ai démontré ici que les subventions gouvernementales peuvent être considérées comme une assurance emmenant une amélioration du bien-être de la société. Les étudiants, et futurs payeurs de taxes, sont averse au risque, et il y a là un gain potentiel de bien-être. Si le gouvernement a une vision à long-terme de la société, il est évident qu’il en retirera des bénéfices. Le problème de mon analyse se situe dans mon dernier point. Le gouvernement libéral étant ce qu’il est, seulement les gains à court terme importent. Il ne voit donc pas l’utilité d’agir en tant qu’assureur. Une preuve de ceci est la division d’opinion intergénérationnelle. Les personnes âgées désirent hausser les frais de scolarité, puisqu’ils ne verront pas les bénéfices d’une société plus éduquée, payant plus de taxes. Quel sera le dénouement de cette question, où aucun équilibre de Nash semble exister? L’histoire nous le dira.

jeudi 22 mars 2012

La grève étudiante - Est-ce un bon moyen de pression?

En ce lendemain de manifestation nationale contre la hausse des frais de scolarité, je veux soulever la question à savoir si la grève générale illimitée des étudiants collégiaux et universitaires est un bon moyen de pression. À partir d'un site qui informe sur la grève, pas loin de 300 000 étudiants étaient en grève hier, 170 000 provenant des universités. Le phénomène prend de plus en plus d'importance et s'observe beaucoup plus dans les universités francophones qu'anglophones. Il s'agit d'analyser si le moyen de pression utilisé par les travailleurs pour défendre leur intérêt auprès de leur employeurs et convenable pour des étudiants qui paient des frais de scolarité afin de s'assurer que les frais d'augmentent pas pour les générations futures.

C'est que les étudiants qui ne sont pas en grève sont souvent jugés à savoir qu'ils sont égoïstes car ils veulent finir leur session et ne pensent pas aux générations futurs qui devront payer plus. Il est à mon sens très altruiste de mettre en suspend ses études alors qu'on paie déjà un appartement, des livres pour la session et ses droits de scolarité. Comment trouver le juste choix entre ses deux alternatives de faire la grève ou pas? N'y aurait-il pas un moyen de pression plus efficace qui ferait reculer le gouvernement?

C'est que la grève au niveau universitaire ne désavantagera que les étudiants eux-mêmes qui se retrouveront dans des classes plus grandes à la session d'automne ou qui finiront leur session à la mi-juin. Cela mets également de la pression sur les professeurs qui travailleront plus tard dans l'été à donner des cours alors que la plupart d'entre eux appuient le mouvement étudiant. Au niveau collégial, c'est toutefois différent puisqu'on assistera à un engorgement énorme à la rentrée en septembre. Et encore une fois, le mal sera fait sur les institutions collégiales qui appuient pour la plupart leur étudiants (je prends exemple du Collège du Vieux-Montréal qui a mis ses étudiants en lock-out!).

D'un autre côté, si on veut se battre pour les générations futures, on n'a qu'à regarder comment la culture anglophone procède. S'ils ne sont pas en grève en ce moment, les nouveaux et anciens diplômés participent et aident les futurs étudiants au moyen de dons et d'investissement dans leur anciens établissements. Alors qu'ils ont profité plus tôt dans leur vie de dons des plus vieux, ils redonnent à leur tour pour assurer une éducation de qualité à leurs enfants.

Si l'étudiant moyen francophone est en grève à l'heure actuelle, il fait preuve d'altruisme tout comme l'étudiant moyen anglophone le fera lorsqu'il aura gradué. La différence est que chez les francophones, on ne met pas seulement de la pression sur nous, mais sur les institutions et sur les professeurs qui n'ont pas à décider s'il y aura une hausse ou pas, alors que chez les anglophones, on renonce à une partie de notre salaire pour aider les autres, sans brimer personnes d'autres, et tout en continuant d'aller à l'école pour faire avancer notre société.

Je crois qu'il est important que les étudiants se fassent entendre puisqu'ils ont un point de vue à partager avec la population. La grève est un excellent moyen puisqu'elle attire énormément d'attention médiatique mais je crois qu'elle n'affecte pas assez le gouvernement pour qu'il change sa décision d'augmenter les frais ou pas. C'est au moyen de pétition à l'échelle nationale ou de porte-paroles influent sur la scène politique qu'on changera peut-être les choses. Cette dernière option sera cependant difficile puisqu'aucun des trois partis politiques du Québec semble appuyer la cause des étudiants.

Pour finir sur une note amusante, j'ai été mis à l'oreille hier que le CÉGEP du Vieux-Montréal aurait voté pour une grève générale jusqu'à ce que la gratuité scolaire leur soit accordée. S'agit-il d'un décision qui aura de l'impact? Je pense que vous connaissez mon point de vue là-dessus!

mercredi 21 mars 2012

Frais de scolarité - La solution est-elle une hausse?

La question de la hausse des droits de scolarité universitaire prend de plus en plus de place ces jours-ci et ce texte tentera non pas de répondre à la question posée dans le titre, mais de soulever les enjeux économiques de cette annonce du gouvernement Libéral. Aucune revue d'études ou de statistiques ne seront abordée dans ce texte, puisque c'est souvent sur ces derniers que les débats s'attardent et qu'il est possible de faire dire ce que l'on veut à des chiffres. J'analyserai ce débat public sur la question d'investissement autant sociale que personnelle, au niveau de l'accessibilité, sur le plan de la compétitivité et de l'efficacité de notre système d'éducation et des différentes propositions de réformes en parallèle avec la hausse forfaitaire actuellement présentée tel que l'impôt post-universitaire. Il est à noter que dans mon analyse, je suppose que le niveau de corruption est le même dans le secteur de l'éducation que dans tous les autres secteurs publics, et que le système des prêts aux étudiants est adapté à notre système d'éducation (permet à tous citoyens de s'endetter pour étudier).

Question d'investissement

Il est dit qu'en tant que société, nous avons la responsabilité de garder en santé nos concitoyens, de s'occuper de nos aînés, de nous assurer d'une bonne qualité de vie par le biais d'une croissance économique prospère, celle-ci étant entre autre assurée par un bon niveau d'éducation de la société. Si nous voulons bien vivre au Québec, nous nous devons d'être instruit et cela passe par le système d'éducation autant primaire, secondaire que post-secondaire. Une des questions est de savoir si c'est au gouvernement d'investir dans les institutions collégiales et universitaires, ou si les investissements en éducation devraient plutôt être faits par les ménages qui en bénéficient. Si c'est l'État qui fait cet investissement, il est nécessairement avec rendement risqué pour lui puisque les médecins récemment diplômés par exemple, ont la liberté de pratiquer où ils veulent dans le monde. C'est donc dire que les contribuables québécois auraient payé (assez cher) la formation d'un médecin sans pouvoir en bénéficier. Le rendement personnel de l'étudiant, pour sa part, est garanti. Voici une conclusion que nous pouvons tirer quand on regarde le problème à la marge. Toutefois, lorsqu'on regarde globalement la situation, il est évident que l'investissement de l'État dans chaque étudiant rapporte des rendements à l'ensemble des Québécois.

On s'accorde donc pour dire que l'éducation post-secondaire a des rendements positifs sur tous les étudiants et sur la société également. Mais de quelle manière doit intervenir l'État pour maximiser les rendements de la société, i.e. d'avoir une société où l'éducation est accessible à tous, et où le niveau d'éducation élevé dans la population en générant le moins de dépenses possibles? La prochaine section traitera du problème d'accessibilité.

Accessibilité

Ayant parlé de l'importance des retombés d'un investissement en éducation, qu'il soit personnel ou sociétal, il est intéressant de voir si l'une des deux méthodes est équitable pour tous les payeurs de taxe. Pour revenir à l'observation à la marge, on peut dire que des étudiants qui n'auraient pas les moyens d'accéder à l'université peuvent maintenant le faire grâce à la participation de l'État. On peut également dire que les étudiants issus de la classe aisée profitent d'une éducation supérieure subventionnée alors que la subvention ne leur est pas nécessaire. Si à la marge, un système d'éducation universitaire public profite aux étudiants moins nantis, il nuit également à l'ensemble des contribuables qui subventionnent l'éducation des plus riches.

En prenant une perspective plus globale, on permet à un plus grand nombre de personnes de s'instruire, ce qui profite au mieux-être québécois. Mais n'aurait-il pas d'autres alternatives qui généreraient moins de perte dans les dépenses gouvernementales? Un système d'éducation accessible par ses bas frais de scolarité comme aujourd'hui ne serait-il pas envieux d'un système tout autant accessible avec des droits de scolarité plus élevé mais muni d'un système de prêts et bourses optimisé. Si vous avez 100$ à placer dans un modèle qui majore les droits de scolarité vers le bas, ce qui subventionne l'éducation des étudiants de famille riche, ou dans un système de prêts et bourses qui permet toujours aux pauvres d'aller à l'université, sans aider les riches qui auraient les moyens d'y aller quoiqu'il en soit, on évite de prendre dans la poche de tous les contribuables québécois pour remettre à ceux qui n'en ont pas besoin.

Lorsqu'on parle du problème d'accessibilité pour la classe moyenne, il ne s'agit pour elle, que d'un transfert de lieu de paiement. Si elle ne peut pas profiter aux prêts et bourses, elle devra payer plus d'une manière ou d'une autre. Un gel des frais de scolarité lui ferait payer plus d'impôts alors qu'une hausse, toutes choses étant égales, lui en ferait payer autant qu'aujourd'hui. Toutefois, si le fardeau de l'augmentation des coûts est mieux réparti à l'ensemble des Québécois avec un impôt supplémentaire, il s'agit nécessairement d'une mesure qui favorise la classe moyenne.

Compétitivité et efficacité

Le marché de l'offre universitaire est un beau problème qui complique la tâche de nos établissements québécois. L'offre dont je parle ici est décrite par la quantité et la qualité de l'enseignement, qui passe par nos enseignants. Dans le contexte économique actuel, le budget alloué à l'éducation post-secondaire ne tend pas à augmenter et se doit d'être géré de la meilleure manière. On veut toutefois garantir le meilleur niveau d'éducation possible, que ce soit par des professeurs de renommée mondiale, ou par des classes plus petites qui permettent un meilleur apprentissage, et donc par un plus grand nombre d'enseignants, tout ça en fixant le budget au même niveau qu'auparavant. Par ailleurs, la mobilité des professeurs à travers le monde est très grande, de telle sorte qu'ils font leur choix en fonction de la renommée des départements (effet boule de neige: plus il y a de bons professeurs, plus les bons professeurs veulent s'y joindre), des attraits de la ville (qualité de vie, situation géographique, climat politique, favorable pour les enfants), et du salaire.

Comme les universités n'ont aucun pouvoir direct et à court terme sur la qualité de vie et le climat politique, et que la renommée du département dépend des attraits de la ville et des salaires passés, le seul outil qu'elles possèdent sont les salaires maintenant. Dans un contexte de déficit et de contrainte budgétaire fixée, de bons salaires ne peuvent être garantis et nous faisons face à 3 choix si on veut garantir une éducation de qualité:
  1. Augmenter la part de financement des universités à partir des droits de scolarité;
  2. Restructurer les finances publiques afin de négliger un autre secteur de l'économie québécoise comme la construction de route, et mieux financer nos universités (ou simplement augmenter le taux d'imposition québécois);
  3. Contingenter plus de programmes afin de réduire la taille des classes;
Alors qu'on soulève la plupart du temps les deux premières options avec les arguments qui en découlent, la dernière option est rarement abordée alors qu'elle semble tout à fait logique. Elle s'explique par le concept de la productivité marginale décroissante et de l'utilité de partage marginale décroissante.

Pour comprendre ces concepts, on définit le bien d'éducation par sa fonction de production, c'est-à-dire par sa structure de coûts pour rendre le service disponible. Plus on investit de l'argent dans les universités, meilleures seront la qualité et la quantité d'éducation. Toutefois, plus on dépense de l'argent, moins l'augmentation du niveau du bien sera grande. On peut remarquer dans le graphique suivant le phénomène de productivité marginale décroissante. Augmenter le niveau d'éducation au début se fait avec beaucoup moins de dépenses que plus tard.


C'est donc dire que pour le gouvernement de rendre accessible l'éducation post-secondaire aux 20 premiers étudiants est beaucoup plus rentable que de l'offrir aux 20 derniers. Et supposons que ces derniers étudiants sont indifférents d'aller ou pas à l'université, c'est une dépense qui coûte cher à tous les Québécois, autant étudiants que contribuables parce qu'elle n'a pas un bon rendement et qu'elle crée un phénomène qu'on appelle congestion dans les universités. La congestion en terme économique, est l'utilité négative que l'on retire de partager un bien avec trop de personnes. Elle s'observe par exemple lorsque trop d'étudiants se partagent un professeur (et parfois un chargé de cours). Une grande classe nuit à la qualité de l'éducation parce que le professeur est généralement moins capable de partager l'engouement pour la matière de son cours avec tous les étudiants.

C'est ce qui m'a amené à apporter l'idée d'un contingentement plus grand dans les universités, choisissant ainsi les étudiants réellement motivés à poursuivre leur études, pour qu'ils en profitent. Un exemple de cette pratique à l'heure actuelle est le contingentement à l'école de police. Il ne s'agit pas d'un programme universitaire mais pour être accepté, il faut être discipliné très jeune. Si on suppose que la quantité optimale de diplômés pour la société compte tenu de la demande actuelle et l'offre actuelle n'est pas atteinte, il faut continuer de subventionner l'éducation pour la rendre de meilleur qualité. Si toutefois dans la structure de coût actuelle la quantité optimale est inférieure à ce que nous avons en ce moment, le contingentement aurait sa place. Alors que l'accessibilité est réduite, l'égalité des chances est maintenue; le rendement pour la société est plus grand et les dépenses moins gaspillées.

Les autres solutions

Impôts Post-Universitaire

La proposition d'un impôt post-universitaire circule depuis quelques temps et se décrit comme suit: pour permettre aux étudiants d'accéder plus facilement à une éducation universitaire, on maintient des frais de scolarité bas, avec la promesse que lorsqu'ils seront diplômés, on prélèveraun impôt supplémentaire sur leur revenu pour financer l'éducation des futurs étudiants. Cette solution vise le maintient de l'accessibilité mais a d'importantes implications:

  1. Au lieu d'emprunter aujourd'hui à la banque pour investir dans ses études, puis de rembourser sa dette une fois diplômé et salarié, on utilise l'argent d'autrui pour financer ses études, puis on rembourse sous forme d'impôt plus tard. Le mécanisme est très semblable sauf que dans le cas de l'IPU, aucun engagement est pris quant à la réussite. Un étudiant endetté a l'incitation de réussir à l'école et de décrocher un bon emploi pour rembourser sa dette alors que l'étudiant qui se fait payer son éducation ne devra payer que s'il réussit.
  2. Le problème d'inéquité intergénérationnelle peut survenir dans le sens où, supposant que les frais de scolarité actualisés sont les mêmes depuis une cinquantaine d'année, on impose un fardeau fiscal supplémentaire au travailleur pour permettre aux jeunes de payer moins aujourd'hui. Dans le meilleur des mondes, la subvention serait financée par dette, de telle sorte que c'est aux générations futures de payer pour ces dépenses d'éducation puisque ce sont elles qui en profitent plutôt que de faire payer les travailleurs qui ne bénéficieront pas du système. C'est donc dire que cet IPU serait subventionné par dette dans les premières années, obligeant les premiers diplômés à rembourser cette dette plutôt que d'investir dans l'éducation, forçant ainsi les étudiants à ce moment-là à augmenter la dette qui rembourseraient à leur tour. Si le taux d'IPU, le nombre d'étudiants par année et les coûts d'université restent les mêmes de manière actualisée, un système d'impôt post-universitaire qui est équitable sur le plan intergénérationnel serait analogue à un système d'emprunt et de remboursement global pour les étudiants.
  3. Un système d'emprunt et de remboursement ainsi construit coûte cher d'intérêt aux étudiants qui réussissent (sur le plan monétaire) et ne coûte rien aux étudiants qui abandonnent leurs études.
Par les distorsions qu'il provoque, un IPU serait loin d'être la solution optimale à mon avis. S'il permet bel et bien de bénéficier d'un système "de prêt" où les taux sont préférentiels, puisque gouvernementaux, l'incitation à rembourser est cependant nulle.

Frais de scolarité pondérés par discipline

Cette idée propose que les étudiants paient des frais de scolarité en fonction de leur champ d'étude, dépendamment du coût de formation mais surtout du revenu espéré. L'exemple souvent cité est celui de la formation en médecine. Il s'agit d'une formation très chère pour la société et où les étudiants gagneront beaucoup plus tard. Si je partage le point de vue de frais plus élevé en fonction du coût de formation, je ne suis pas d'accord avec celle du revenu espéré puisque nous faisons déjà face à un taux d'imposition progressif au Canada et qu'il s'agirait d'une double taxation. Des étudiants qui bénéficient d'une éducation de qualité, que ce soit par des infrastructures modernes (tel qu'un laboratoire) ou des professeurs de renommée internationale, devraient payer plus cher. Par un système de prêts qui encadrent et connaît les implications d'études de ce niveau, l'accessibilité ne sera pas brimée (en théorie!). C'est une manière de payer pour ce qu'on utilise, aujourd'hui si on a les moyens, demain sinon. La mentalité d'utilisateur-payeur et un concept apprécié chez les économistes.



Si on parle souvent en économie de faire des choix sujet à notre contrainte budgétaire, celle de l'éducation post-secondaire ne doit pas entrer dans la contrainte monétaire mais plutôt celle du temps. Il devrait être accessible à quiconque qui veut aller à l'université de le faire, sans qu'il soit question de son porte-feuille. Il s'agit plutôt de discriminer les gens selon leur volonté et cela n'est pas faisable par un mécanisme de prix si on veut préserver l'égalité des chances.

À défaut de pouvoir annoncer publiquement qu'on veut moins de gens dans les universités, le gouvernement a beau jeu d'annoncer une hausse, puisque naturellement, lorsque le prix d'un bien augmente, la quantité demandée diminue. Dans un système de prêts et bourses parfait (voir l'article de M.A. Schmidt), une hausse des frais de scolarité ne brime pas l'accessibilité des familles pauvres dans la mesure où les étudiants sont conscients que le rendement d'études universitaires est extrêmement élevé et sans risque. L'augmentation aura plutôt un effet de diminuer la stagnation de certains étudiants qui sont à la quête du savoir absolu et de la connaissance universelle (d'où vous me direz que l'université tient son nom!).

Alors que la hausse est à mon avis une autre mesure proposée par Jean Charest pour assurer un bon bilan à court terme, elle est évidemment trop rapide. Dans l'optique où tous les futurs étudiants savent qu'aller à l'université leur est très profitable, troquer un gel pour une réforme des prêts et bourses qui garantit la même accessibilité, ainsi que de contingenter plus de programmes, sont pour moi les solutions optimales.

mardi 20 mars 2012

Droits de scolarité - Retour de l'erreur des économistes classiques


Le débat sur la hausse des frais de scolarité qui fait rage présentement au Québec attire mon attention ces derniers temps. Tout d’abord, je veux mettre au clair que l’argumentation qui suit n’est pas empirique, mais plutôt philosophique. Comme dans chaque débat, il existe une pluralité de vision au sein même des groupes de pression. Du côté des partisans de la hausse, certains ne veulent tout simplement pas gâcher leur session, d’autres ont des motifs avec beaucoup plus d'altruisme. Du côté des carrés rouges, les manifestants étant contre la hausse des frais de scolarité, certains prônent la gratuité, d’autres un gel, d’autres une augmentation plus graduelle. Personnellement, je suis contre une hausse telle que proposé, mais le but de ce texte n’est pas de vous convaincre de vous ranger d’un côté ou d’un autre, mais de trouver une piste de réflexion qui me semble omise.

Tout d’abord, j’aimerais clarifier ma position lorsque je vois des arguments comparatifs avec le reste du monde, même avec les autres provinces canadiennes. L’argument du gouvernement qui veut que nous devrions augmenter les frais de scolarité pour atteindre la moyenne canadienne est selon moi vide de sens sauf si on sous-entend par là que la moyenne canadienne est l’idéal à atteindre. D’un autre côté, dire que les frais de scolarité ne doivent pas augmenter puisqu’ils sont déjà plus élevés que dans la plupart des pays Européens sous-entend que ces pays ont un système d’éducation parfait. Donc, je crois qu’il n’est tout simplement pas pertinent de se « comparer simplement pour se comparer ». De plus, je n’ai pas entendu beaucoup de partisans de la hausse soutenir une hausse plus importante, ou d’arrêter de subventionner l’éducation post-secondaire complètement. Si certains allaient au bout de leur pensée, la suite logique serait en fait d’arrêter de subventionner l’éducation, la subvention étant une distorsion économique.

Abordons maintenant le cœur de mon argumentaire. Plusieurs des partisans de la hausse des frais de scolarité croient que les bas frais de scolarité avantage les riches, puisqu’en haussant ces frais, les moins riches auraient toujours accès au prêts et bourses, et les riches paieraient leur « juste part ». De plus, même sans les prêts et bourses, ceux qui valorisent l’éducation comme il se doit pourrait tout simplement emprunter puisque l’éducation est un investissement. Cet argumentaire ressemble étrangement (mais grossièrement) aux point de vue des économistes classiques : SI nous vivons dans un monde parfait, voici la marche à suivre. Le point de vue des économistes classiques, pour simplifier, était que le marché était une solution parfaite au problème de redistribution des ressources rares. L’exposition mathématique de cette position est d’une puissance telle qu’il est pratiquement impossible de la réfuter. L’immense oublie de ces économistes était les « si ». En d’autre mot, ce résultat découle de plusieurs postulats ou suppositions sur le fonctionnement d’une économie très discutables. Par exemple (je ne parlerai pas de tous les aspects où les marché ne sont pas efficients, la liste serait trop longue), on peut penser aux biens publics, aux externalités, aux problèmes de risque moral et de sélection adverse. Bref, l’argumentaire des classiques était intouchable lorsqu’on prenait pour acquis leurs postulats, à savoir que nous vivions dans un monde parfait, où aucune incertitude n’existe, où évidemment le terme « chômage involontaire » est impossible, et où tous les agents économiques qui veulent emprunter ont un accès illimité au crédit.

Pourquoi le gouvernement devrait investir dans l’éducation post-secondaire? Parce que ce marché est totalement inefficace. Il y a tout d’abord les externalités positives de l’éducation. Déjà ici, il serait impossible d’arriver à un consensus. Certains croient qu’elles sont négligeables, je crois personnellement qu’elles sont énormes. En termes simples, je préfère nettement vivre dans une société éduquée que le contraire, donc mon bien-être est affecté par le fait que mes connaissances, et plus généralement la société, aillent à l’université. Cependant, il m’est impossible (et irrationnel) de payer directement l’éducation de ses personnes, c’est donc pourquoi le gouvernement est utile dans des cas comme celui-ci. En augmentant les frais de scolarité de tous les programmes, le gouvernement encourage ainsi les étudiants à suivre un choix de carrière lucratif, selon moi complètement indépendant de la question des externalités positives (certains pourraient même argumenter que la corrélation est négative, i.e. les programmes menant vers des carrières lucratives, par exemple la finance ou la comptabilité, ont les externalités les plus basses sur la société).

Encore plus important, le marché du crédit aux étudiants n’est clairement pas optimal. Premièrement, lorsque je parle d’étudiants « riches » au sens où le gouvernement l’entend, je parle d’étudiants dont les parents sont riches. Il y a là un problème temporel que je crois important. Le calcul des prêts et bourses du Québec pour les étudiants au baccalauréat (ici je me base sur l’expérience personnelle) se base sur le salaire des parents puisque pour le gouvernement, la ligne est parfaitement claire : Les parents doivent payer pour un baccalauréat mais, pour la maîtrise, c’est alors à l’étudiant de payer. Une petite anecdote personnelle permettra de mieux saisir mon point de vue. Après mon baccalauréat, j’ai décidé d’appliquer à la maîtrise dans plusieurs établissements. J’ai été extrêmement heureux lorsque j’ai reçu mon admission à la prestigieuse London School of Economics. Évidemment, la réputation de l’établissement leur permet de demander des frais de scolarité élevé (environ 30 000$ pour une maîtrise d’un an). Je croyais que ceci serait un « investissement ». Cependant, aucune institution financière n’a voulu m’accorder un prêt. Mon point ici est que, même si j’étais convaincu de la rentabilité de mon projet, il m’était impossible d’avoir un prêt. Le programme de prêts et bourses n’aurait certainement pas pu couvrir les frais de scolarité (je ne parle même pas du coût de la vie). Ma dernière option était mes parents, qui auraient été heureux de participer à mon projet, mais c’est ici le cœur de mon argument : Le principe d’égalité des chances est complètement bafoué si l'on se base sur le salaire des parents pour prendre ses décisions. Le marché du crédit qui devrait permettre une égalité n’est malheureusement pas efficace. Ceci ne doit pas être prit pour autre chose qu’il est : une anecdote. Mais n’est reste pas moins que ceci démontre l’inefficience du marché du crédit, et que penser que tous les étudiants qui veulent vraiment obtenir une éducation ont accès à un prêt est une fabulation que les partisans de la hausse des frais de scolarité semblent apprécier.

Je ne crois pas que tous les étudiants doivent payer eux-même leurs études, mais je crois qu’ils pourraient faire leur propre choix, et ne pas être contraint par un gouvernement qui tente de décider pour eux. L’augmentation des frais de scolarité aura pour conséquence de diminuer les avantages de ce choix, peut-être même le détruire totalement. Les étudiants qui voudront encore payer pour leurs études devront travailler d’avantage, diminuant les probabilités de réussite scolaire, donc créant un équilibre où moins de jeunes décideront de payer pour leurs études. L’idée selon laquelle une augmentation des frais de scolarité amènera à une société où les étudiants valorise plus leur éducation (car elle est plus chère) est donc selon moi complètement fausse et risque de mener vers l’inverse.

J’ai présenté ici une partie de mon point de vue sur le débat entourant la hausse des frais de scolarité. J’ai argumenté que l’éducation n’est certainement pas un marché parfait, et que ces imperfections rendaient les arguments économiques classiques pour la hausses des frais de scolarité totalement impertinents. Je ne suis pas contre une hausse à priori, mais jusqu’à ce que le gouvernement ne donne pas une argumentation plus profonde, plus visionnaire et moins biaisée, je continuerais de promouvoir le statu quo, imparfait, mais selon moi supérieur à cette hausse drastique des frais de scolarité.

mercredi 22 février 2012

Le Plan Nord – Les ressources naturelles du Québec et nos exportations

C’est commencé. Le Plan Nord proposé par le Parti Libéral du Québec est en marche. Un projet qui valorisera le sol Québécois par des extractions minières importantes dans les années à venir, devrait enrichir substantiellement notre province. Un plan qui nous amène à se poser les questions suivantes : pouvons-nous nous assurer que la richesse réelle retirée de ces activités appartiendra aux Québécois ou aux compagnies minières étrangères? Le bilan économique positif anticipé de ce projet nous rend-il plus dépendant de l’économie mondiale?

On ne peut dire le contraire, le Nord du Québec est un très grand territoire (1,2 millions de km²) qui renferme énormément de forêts, de rivières mais également de minerais grandement en demande sur le marché international. Grand producteur de zinc, d’or et de minerai de fer, c’est plus de 20 minéraux qui sont exploités actuellement sur le territoire québécois. Le Plan Nord est un projet qui visera à développer les infrastructures minières par entre autres la création de routes et de chemins de fer, sollicitera Hydro-Québec pour acheminer et alimenter les projets en électricité et devrait créer ou consolider 20 000 emplois par années au cours des 25 prochaines années. Le gouvernement et Hydro-Québec planifie investir 80 milliards dans ce projet, 47G provenant de la société d’état alors que les 33G autres serviront à développer des infrastructures publiques (source : lesaffaires.com). Le gouvernement hausse également le taux de redevance des entreprises sur ce qu’ils exploitent, de 12% à 16%.

En science économique, lorsqu’il s’agit d’évaluer un projet public, on cherche à savoir si l’investissement du gouvernement rapporte des gains réels à ses citoyens. Le gouvernement Charest compare le Plan Nord au projet de la Baie James dans les années 1970 alors qu’il s’agit de deux situations très différentes sur le plan économique. Alors que dans les années 1970, Hydro-Québec investissait des centaines de millions dans la construction de barrages hydroélectriques, assurant aux Québécois de l’énergie renouvelable à bas prix dont nous profitons encore aujourd’hui, le Plan Nord prévoit des investissements importants pour enrichir le Québec par la consolidation et la création d’emplois, et par des constructions d’infrastructures de transport, facilitant l'exportation des minéraux. Il existe toutefois une différence marquée entre le le Plan Nord et le projet de la Baie James: alors qu'on investie aujourd'hui dans un projet d'extraction de ressources épuisables, les centrales hydroélectriques utilisent notre territoire de manière durable.

Il ne faut toutefois pas voir le Plan Nord comme un mauvais projet, dans la mesure où le Québec est riche en minéraux et qu’il est nécessaire d’en profiter. C’est plutôt de la manière avec laquelle le projet se développe qu’il faut se poser des questions: Les investissements du gouvernement seront-ils profitables pour l’ensemble des Québécois ou cela est-il seulement favorable aux entreprises minières qui participeront au projet? La valeur nette de nos minéraux est-elle si grande si le gouvernement doit investir dans des infrastructures pour assurer le développement de cette industrie? La pensée libertarienne en économie stipule que si une activité doit être profitable, elle sera initiée. Par exemple, si les gens veulent vraiment conduire une voiture, ils renonceront à d’autres biens pour se la procurer. La voiture sera donc profitable à leurs yeux. C’est donc dire que si la valeur nette du sous-sol québécois était assez grande, les compagnies minières s'occuperaient de développer les infrastructures nécessaires pour en profiter. Ainsi, dans cette idéologie de droite économique, le gouvernement n'aurait qu'à assurer le respect de la réglementation.

Si on peut justifier l’implication du gouvernement dans le projet, c’est dans sa promotion, ce qui devrait augmenter la proportion de capitaux québécois dans les investissements privés. Le projet sera profitable pour le Québec si des sociétés d’investissement de chez nous, telle que la Caisse de dépôt et placement du Québec, y prennent part.

Sur un plan macroéconomique, un projet comme le Plan Nord est excellent pour le bilan financier québécois en chiffre mais ne l'est pas de manière réelle. Lorsqu’on regarde la santé économique d’un état, on veut savoir si le pays (ou la province) s’est enrichi(e) par rapport à l’extérieur. On vérifie donc si les exportations sont supérieures aux importations. Si c’est le cas, on observe un bilan positif. Avec l’extraction d’un grand nombre de ressources naturelles, la construction de beaucoup d’infrastructures et la création d’emplois, le PIB ne peut qu’augmenter dans les prochaines années. Toutefois, si le bilan est positif, il l'est possiblement au détriment des citoyens québécois qui sacrifient des services publics pour augmenter des exportations qui profitent à des capitaux, en partie étrangers. De plus, l’augmentation des exportations n’est pas nécessairement une bonne chose puisqu’elle nous rend encore plus dépendant de l’économie mondiale. Dans un contexte de crise économique mondiale, la demande pour nos minéraux sera moins grande, baissant ainsi le prix des ressources sur le marché mondial.

Alors qu’Hydro-Québec et son hydroélectricité appartiennent encore aujourd’hui aux Québécois, le Plan Nord donnera au Québec dans 25 ans des routes, des chemins de fer, des infrastructures portuaires dans une région désertée. Si ce projet est un excellent moyen de relancer l’économie, c’est évidemment un choix judicieux sur le plan politique puisqu’on augmente les recettes fiscales et on augmente le PIB québécois, assurant un excellent bilan à court et moyen terme. Si ce projet est pour profiter à l'ensemble des Québécois et justifier un intervention majeure du gouvernement, les compagnies minières impliquées se doivent d'être détenues par des gens d'ici.


lundi 20 février 2012

Coalition pour l'Avenir du Québec - Une approche de contrainte de ressources

Cela fait déjà presque 2 ans que l'idée d'un blog d'actualité économique m'est venue et j'ai plus que jamais l'intention d'entretenir un lien éducatif sur la science économique avec mes lecteurs. Je débute donc avec un sujet d'actualité, très en vogue chez nous, au Québec: la Coalition pour l'Avenir du Québec (CAQ). Le sujet étant généralement de nature politique, je questionne quelques suggestions du plan d'action proposé en automne dernier d'un point de vue économique. J'aborderai dans ce post, la tendance que les politiciens ont de faire de la magie avec des propositions de réforme qui ne tiennent pas compte des contraintes de ressource.

La théorie économique a dans ses objectifs de maximiser le bien-être, en soumettant les éléments de ce bien-être à une contrainte budgétaire. Prenons par exemple pour le Québécois moyen un panier de bien de consommation public qui le rend heureux: des services de soins de santé accessible à tous, le bien-être social, des routes et des ponts qui permettent de traverser notre territoire très étendu, un système d'éducation primaire et secondaire accessible à tous et un système d'éducation post-secondaire accessible à ceux qui sont prêts à sacrifier de leur bien de consommation de tous les jours (par exemple une voiture). Pour arriver à financer tous ces services, les gouvernements des 50 dernières années ont fait des choix qui font que les Québécois paient beaucoup d'impôts. Le gouvernement représentant les valeurs de ses citoyens, on peut donc dire que le Québécois moyen a choisi de partager une grande part de ses revenus pour pouvoir bénéficier de services sociaux hors pairs. On ne peut arriver à financer tous les services qu'on a présentement sans que notre impôt personnel soit élevé.

Si nous pensons payer trop d'impôts, il faut alors faire des choix. De ce problème de biens publics valorisés, il s'agit de connaître la structure de préférences entre les biens. Est-il possible de déterminer que l'ensemble des Québécois serait prêt à renoncer à la construction d'un hôpital afin de construire 2 nouveaux ponts pour accéder à Montréal à partir de la rive nord et la rive sud? De quelle manière sont construites les préférences des Québécois?

Il semble que si on questionne le Québécois moyen à ce sujet, il sera intéressé à avoir un nouveau pont dans sa région, un nouvel hôpital dans sa ville et des frais de scolarité universitaire nuls pour ses enfants. On se dit que le gouvernement devrait payer, que les riches devraient payer, mais que nous, on ne veut pas payer un sous de plus. C'est d'ailleurs un concept que l'économiste Mathieu Laberge avait partagé lors d'un conférence organisée au HEC il y a 2 ans (et qu'il a surement partagé ailleurs aussi!).

Cette situation d'insatisfaction des Québécois est une excellente source de capital politique pour les partis politiques émergents, comme ce l'est pour la CAQ (et comme ce l'était pour l'ADQ); des partis, dont les mauvaises langues diront, qu'ils sont opportunistes.

Dans le plan d'action de son parti politique, François Legault ne se lasse pas de dire qu'il a l'intention de réduire les structures gouvernementales et d'offrir de meilleurs services publics aux Québécois. Ces réformes toucheraient les secteurs d'éducation (primaire et secondaire, par le biais de l'abolition des commissions scolaires) ainsi que le système de santé. Ces idées ne sont pas mauvaises à première vue mais un nouveau parti peut-il réellement couper dans le financement de services publics, tout en augmentant leur efficacité? Ce qui amène à la question de la faisabilité de ces réformes dans un mandat de 4 ans. Rappelez-vous de la réforme du système de santé du parti Libéral en 2003 avec Philippe Couillard. Le programme du parti Libéral lors de la campagne électoral tournait autour de cette réforme, et même si les effets dans les hôpitaux se sont fait sentir, ce ne fut que des années plus tard; même problème pour la réforme au primaire et au secondaire. Maintenant que la transition est terminée, on pense déjà à un nouveau système.

Les idées de François Legault sont à mon avis, de belles idées, mais infaisables à court terme. Il est optimal pour le Québec de réduire la taille de ses structures gouvernementales qui alourdissent le coût de chacun des services publics. Il est à mon avis impertinent de présenter un programme qui dit vouloir rendre les choses plus efficaces, et en payant moins. C'est comme dire qu'on veut se faire élire pour faire le bien et non le mal.

Si on veut un meilleur Québec, il faut à mon avis un gouvernement fonctionnel, et j'entends par cela, un gouvernement qui n'a pas peur d'agir pour le bien des Québécois aujourd'hui et demain. Que ce soit par l'augmentation ou la réduction de la taille de l'état, il faut à tout prix éliminer les structures inutiles qui alourdissent les budgets. Il faut également que l'électorat québécois soit instruit économiquement, i.e. qu'il doit savoir qu'augmenter des services publics, ça lui coûte plus d'argent, et donc qu'il renonce à sa piscine creusée ou à son IPad. Une idée lancée par l'économiste Ianik Marcil (Bande d'illettrés (économiques)) la semaine dernière, qui voudrait accorder une place à l'économie au secondaire est primordiale; les québécois ont besoin de connaître les bases d'une contrainte budgétaire sociale.

Sur ce, j'espère en avoir instruit, et je vous reviendrai dès que possible sur d'autres enjeux d'économie publique!

Liens donnés plus haut:

http://coalitionavenirquebec.org/

https://twitter.com/#!/Matt_Laberge

https://twitter.com/#!/francoislegault

http://voir.ca/ianik-marcil/2012/02/12/bande-dillettres-economiques/