vendredi 23 mars 2012

Droits de scolarité - la facilité de la moyenne et le bénéfice de l’assurance


Après mon premier post traitant des droits de scolarité dans un contexte de marché imparfait, je poursuis mon analyse en présentant une raison pour laquelle le gouvernement devrait investir dans l’éducation post-secondaire. Pourquoi les « travailleurs » devraient payer pour les « étudiants » (entre guillemets puisque l’un n’exclut pas l’autre). Malheureusement, pour gagner un peu de rigueur, ce texte aborde peut-être des sujets de la science économique un peu plus poussés. (Wonkish) comme dirait Krugman.

L’argument voulant que l’éducation post-secondaire soit un investissement (très rentable d’ailleurs) se tient, même si une multitude d’autres considérations doivent être prises en compte. Dans sa dernière chronique de La Presse, Yves Boisvert avance que les diplômés universitaires gagneront en moyenne beaucoup plus d’argent que sans diplôme. En plus de tous les problèmes d’endogénéité qu’une analyse comme celle-ci fait face et que des analystes non-initiés à l’étude statistique (M. Boisvert, je parle de vous) ne comprennent pas, il est important de noter qu’il s’agit ici d’une moyenne. Plusieurs étudiants ne trouveront pas d’emploi dans leur domaine ou accepteront des emplois moins bien rémunérés que ce qu’ils escomptaient en entreprenant leurs études.

M. Boisvert ne regarde pas l’autre côté de la médaille, à savoir que ces mêmes étudiants qui gagneront plus seront aussi ceux qui paieront le plus d’impôt. Sur les centaines de milliers à deux millions de plus que représente selon lui ce diplôme, le gouvernement en retirera une partie. Estimer la partie exacte de ce surplus qui servira à financer le système d’éducation de nos enfants me semble difficile, mais je conjecture que les étudiants paieront leur juste part dans les années à venir.

J’aimerais maintenant présenter le point central de mon analyse. Pourquoi le financement de l’éducation post-secondaire ne pourrait-il pas être considéré comme une assurance? Lorsqu’on se trouve face à l’incertitude (par exemple la possibilité d’un accident d’auto), il est logique de prendre une assurance. De plus, les récents développements dans le domaine de la finance ont permis d’assurer énormément d’investissement. Théoriquement, ceci s’explique par le fait que nous n’aimons pas le risque (nous sommes averse au risque). La compagnie d’assurance a des milliers de clients et ceci leur permet de pratiquement éliminer le risque. En effet, la loi des grands nombres fait son travail. La probabilité que tous les assurés aient un accident en même temps (ou que leur investissement échoue) est extrêmement faible et négligeable. À terme, tout le monde y trouve son compte : Les assurés ont pu diminuer le risque et ainsi augmenter leur bien-être, et les assureurs peuvent retirer un profit de cette transaction, en chargeant un peu plus que la moyenne de leurs coûts.

En matière d’éducation, il serait souhaitable que des compagnies d’assurance permettent ce genre de transaction. Pour des raisons évidentes de risque moral  et de sélection adverse, ceci est impossible. Le gouvernement entre donc en jeu. Théoriquement, le gouvernement aurait la chance ici d’agir comme un assureur (avec les profits qui s’y rattachent). L’étudiant désire étudier mais ne connait pas les retombés économiques de son choix. Peut-être qu’un étudiant en histoire de l’art gagnera moins que s’il avait suivi des cours de plomberie. Peut-être aussi que le HEC formera un grand gestionnaire qui gagnera plusieurs dizaine de millions de plus grâce à son diplôme. Ces exemples démontrent le risque que les étudiants font face lorsqu’ils entreprennent leurs études.

D’un autre côté, lorsque vient le temps de quitter l’université et d’entrer sur le marché du travail, l’étudiant commence alors sa vie de payeur de taxe. Comme M. Boisvert l’a expliqué, en moyenne, le diplômé universitaire gagnera plus que sans diplôme. Sur cette augmentation, il paiera des taxes. Plus son « investissement » aura été rentable, plus il paiera de taxes, merci à notre système d’impôt progressif. C’est donc la définition même de l’assurance. Si on est chanceux (pas d’accident ou investissement rentable), l’assureur gagne. Si on est malchanceux, les coûts d’éducation assumés par le gouvernement auront été plus grand que les bénéfices (ou les profits seront moins grand). Avec les chiffres et les analyses qui démontrent à quel point l’éducation est un investissement rentable, je crois que le gouvernement sort gagnant de cette transaction.

La hausse des frais de scolarité est une question de société qu’on doit analyser à long-terme, et non session par session. J’ai démontré ici que les subventions gouvernementales peuvent être considérées comme une assurance emmenant une amélioration du bien-être de la société. Les étudiants, et futurs payeurs de taxes, sont averse au risque, et il y a là un gain potentiel de bien-être. Si le gouvernement a une vision à long-terme de la société, il est évident qu’il en retirera des bénéfices. Le problème de mon analyse se situe dans mon dernier point. Le gouvernement libéral étant ce qu’il est, seulement les gains à court terme importent. Il ne voit donc pas l’utilité d’agir en tant qu’assureur. Une preuve de ceci est la division d’opinion intergénérationnelle. Les personnes âgées désirent hausser les frais de scolarité, puisqu’ils ne verront pas les bénéfices d’une société plus éduquée, payant plus de taxes. Quel sera le dénouement de cette question, où aucun équilibre de Nash semble exister? L’histoire nous le dira.

jeudi 22 mars 2012

La grève étudiante - Est-ce un bon moyen de pression?

En ce lendemain de manifestation nationale contre la hausse des frais de scolarité, je veux soulever la question à savoir si la grève générale illimitée des étudiants collégiaux et universitaires est un bon moyen de pression. À partir d'un site qui informe sur la grève, pas loin de 300 000 étudiants étaient en grève hier, 170 000 provenant des universités. Le phénomène prend de plus en plus d'importance et s'observe beaucoup plus dans les universités francophones qu'anglophones. Il s'agit d'analyser si le moyen de pression utilisé par les travailleurs pour défendre leur intérêt auprès de leur employeurs et convenable pour des étudiants qui paient des frais de scolarité afin de s'assurer que les frais d'augmentent pas pour les générations futures.

C'est que les étudiants qui ne sont pas en grève sont souvent jugés à savoir qu'ils sont égoïstes car ils veulent finir leur session et ne pensent pas aux générations futurs qui devront payer plus. Il est à mon sens très altruiste de mettre en suspend ses études alors qu'on paie déjà un appartement, des livres pour la session et ses droits de scolarité. Comment trouver le juste choix entre ses deux alternatives de faire la grève ou pas? N'y aurait-il pas un moyen de pression plus efficace qui ferait reculer le gouvernement?

C'est que la grève au niveau universitaire ne désavantagera que les étudiants eux-mêmes qui se retrouveront dans des classes plus grandes à la session d'automne ou qui finiront leur session à la mi-juin. Cela mets également de la pression sur les professeurs qui travailleront plus tard dans l'été à donner des cours alors que la plupart d'entre eux appuient le mouvement étudiant. Au niveau collégial, c'est toutefois différent puisqu'on assistera à un engorgement énorme à la rentrée en septembre. Et encore une fois, le mal sera fait sur les institutions collégiales qui appuient pour la plupart leur étudiants (je prends exemple du Collège du Vieux-Montréal qui a mis ses étudiants en lock-out!).

D'un autre côté, si on veut se battre pour les générations futures, on n'a qu'à regarder comment la culture anglophone procède. S'ils ne sont pas en grève en ce moment, les nouveaux et anciens diplômés participent et aident les futurs étudiants au moyen de dons et d'investissement dans leur anciens établissements. Alors qu'ils ont profité plus tôt dans leur vie de dons des plus vieux, ils redonnent à leur tour pour assurer une éducation de qualité à leurs enfants.

Si l'étudiant moyen francophone est en grève à l'heure actuelle, il fait preuve d'altruisme tout comme l'étudiant moyen anglophone le fera lorsqu'il aura gradué. La différence est que chez les francophones, on ne met pas seulement de la pression sur nous, mais sur les institutions et sur les professeurs qui n'ont pas à décider s'il y aura une hausse ou pas, alors que chez les anglophones, on renonce à une partie de notre salaire pour aider les autres, sans brimer personnes d'autres, et tout en continuant d'aller à l'école pour faire avancer notre société.

Je crois qu'il est important que les étudiants se fassent entendre puisqu'ils ont un point de vue à partager avec la population. La grève est un excellent moyen puisqu'elle attire énormément d'attention médiatique mais je crois qu'elle n'affecte pas assez le gouvernement pour qu'il change sa décision d'augmenter les frais ou pas. C'est au moyen de pétition à l'échelle nationale ou de porte-paroles influent sur la scène politique qu'on changera peut-être les choses. Cette dernière option sera cependant difficile puisqu'aucun des trois partis politiques du Québec semble appuyer la cause des étudiants.

Pour finir sur une note amusante, j'ai été mis à l'oreille hier que le CÉGEP du Vieux-Montréal aurait voté pour une grève générale jusqu'à ce que la gratuité scolaire leur soit accordée. S'agit-il d'un décision qui aura de l'impact? Je pense que vous connaissez mon point de vue là-dessus!

mercredi 21 mars 2012

Frais de scolarité - La solution est-elle une hausse?

La question de la hausse des droits de scolarité universitaire prend de plus en plus de place ces jours-ci et ce texte tentera non pas de répondre à la question posée dans le titre, mais de soulever les enjeux économiques de cette annonce du gouvernement Libéral. Aucune revue d'études ou de statistiques ne seront abordée dans ce texte, puisque c'est souvent sur ces derniers que les débats s'attardent et qu'il est possible de faire dire ce que l'on veut à des chiffres. J'analyserai ce débat public sur la question d'investissement autant sociale que personnelle, au niveau de l'accessibilité, sur le plan de la compétitivité et de l'efficacité de notre système d'éducation et des différentes propositions de réformes en parallèle avec la hausse forfaitaire actuellement présentée tel que l'impôt post-universitaire. Il est à noter que dans mon analyse, je suppose que le niveau de corruption est le même dans le secteur de l'éducation que dans tous les autres secteurs publics, et que le système des prêts aux étudiants est adapté à notre système d'éducation (permet à tous citoyens de s'endetter pour étudier).

Question d'investissement

Il est dit qu'en tant que société, nous avons la responsabilité de garder en santé nos concitoyens, de s'occuper de nos aînés, de nous assurer d'une bonne qualité de vie par le biais d'une croissance économique prospère, celle-ci étant entre autre assurée par un bon niveau d'éducation de la société. Si nous voulons bien vivre au Québec, nous nous devons d'être instruit et cela passe par le système d'éducation autant primaire, secondaire que post-secondaire. Une des questions est de savoir si c'est au gouvernement d'investir dans les institutions collégiales et universitaires, ou si les investissements en éducation devraient plutôt être faits par les ménages qui en bénéficient. Si c'est l'État qui fait cet investissement, il est nécessairement avec rendement risqué pour lui puisque les médecins récemment diplômés par exemple, ont la liberté de pratiquer où ils veulent dans le monde. C'est donc dire que les contribuables québécois auraient payé (assez cher) la formation d'un médecin sans pouvoir en bénéficier. Le rendement personnel de l'étudiant, pour sa part, est garanti. Voici une conclusion que nous pouvons tirer quand on regarde le problème à la marge. Toutefois, lorsqu'on regarde globalement la situation, il est évident que l'investissement de l'État dans chaque étudiant rapporte des rendements à l'ensemble des Québécois.

On s'accorde donc pour dire que l'éducation post-secondaire a des rendements positifs sur tous les étudiants et sur la société également. Mais de quelle manière doit intervenir l'État pour maximiser les rendements de la société, i.e. d'avoir une société où l'éducation est accessible à tous, et où le niveau d'éducation élevé dans la population en générant le moins de dépenses possibles? La prochaine section traitera du problème d'accessibilité.

Accessibilité

Ayant parlé de l'importance des retombés d'un investissement en éducation, qu'il soit personnel ou sociétal, il est intéressant de voir si l'une des deux méthodes est équitable pour tous les payeurs de taxe. Pour revenir à l'observation à la marge, on peut dire que des étudiants qui n'auraient pas les moyens d'accéder à l'université peuvent maintenant le faire grâce à la participation de l'État. On peut également dire que les étudiants issus de la classe aisée profitent d'une éducation supérieure subventionnée alors que la subvention ne leur est pas nécessaire. Si à la marge, un système d'éducation universitaire public profite aux étudiants moins nantis, il nuit également à l'ensemble des contribuables qui subventionnent l'éducation des plus riches.

En prenant une perspective plus globale, on permet à un plus grand nombre de personnes de s'instruire, ce qui profite au mieux-être québécois. Mais n'aurait-il pas d'autres alternatives qui généreraient moins de perte dans les dépenses gouvernementales? Un système d'éducation accessible par ses bas frais de scolarité comme aujourd'hui ne serait-il pas envieux d'un système tout autant accessible avec des droits de scolarité plus élevé mais muni d'un système de prêts et bourses optimisé. Si vous avez 100$ à placer dans un modèle qui majore les droits de scolarité vers le bas, ce qui subventionne l'éducation des étudiants de famille riche, ou dans un système de prêts et bourses qui permet toujours aux pauvres d'aller à l'université, sans aider les riches qui auraient les moyens d'y aller quoiqu'il en soit, on évite de prendre dans la poche de tous les contribuables québécois pour remettre à ceux qui n'en ont pas besoin.

Lorsqu'on parle du problème d'accessibilité pour la classe moyenne, il ne s'agit pour elle, que d'un transfert de lieu de paiement. Si elle ne peut pas profiter aux prêts et bourses, elle devra payer plus d'une manière ou d'une autre. Un gel des frais de scolarité lui ferait payer plus d'impôts alors qu'une hausse, toutes choses étant égales, lui en ferait payer autant qu'aujourd'hui. Toutefois, si le fardeau de l'augmentation des coûts est mieux réparti à l'ensemble des Québécois avec un impôt supplémentaire, il s'agit nécessairement d'une mesure qui favorise la classe moyenne.

Compétitivité et efficacité

Le marché de l'offre universitaire est un beau problème qui complique la tâche de nos établissements québécois. L'offre dont je parle ici est décrite par la quantité et la qualité de l'enseignement, qui passe par nos enseignants. Dans le contexte économique actuel, le budget alloué à l'éducation post-secondaire ne tend pas à augmenter et se doit d'être géré de la meilleure manière. On veut toutefois garantir le meilleur niveau d'éducation possible, que ce soit par des professeurs de renommée mondiale, ou par des classes plus petites qui permettent un meilleur apprentissage, et donc par un plus grand nombre d'enseignants, tout ça en fixant le budget au même niveau qu'auparavant. Par ailleurs, la mobilité des professeurs à travers le monde est très grande, de telle sorte qu'ils font leur choix en fonction de la renommée des départements (effet boule de neige: plus il y a de bons professeurs, plus les bons professeurs veulent s'y joindre), des attraits de la ville (qualité de vie, situation géographique, climat politique, favorable pour les enfants), et du salaire.

Comme les universités n'ont aucun pouvoir direct et à court terme sur la qualité de vie et le climat politique, et que la renommée du département dépend des attraits de la ville et des salaires passés, le seul outil qu'elles possèdent sont les salaires maintenant. Dans un contexte de déficit et de contrainte budgétaire fixée, de bons salaires ne peuvent être garantis et nous faisons face à 3 choix si on veut garantir une éducation de qualité:
  1. Augmenter la part de financement des universités à partir des droits de scolarité;
  2. Restructurer les finances publiques afin de négliger un autre secteur de l'économie québécoise comme la construction de route, et mieux financer nos universités (ou simplement augmenter le taux d'imposition québécois);
  3. Contingenter plus de programmes afin de réduire la taille des classes;
Alors qu'on soulève la plupart du temps les deux premières options avec les arguments qui en découlent, la dernière option est rarement abordée alors qu'elle semble tout à fait logique. Elle s'explique par le concept de la productivité marginale décroissante et de l'utilité de partage marginale décroissante.

Pour comprendre ces concepts, on définit le bien d'éducation par sa fonction de production, c'est-à-dire par sa structure de coûts pour rendre le service disponible. Plus on investit de l'argent dans les universités, meilleures seront la qualité et la quantité d'éducation. Toutefois, plus on dépense de l'argent, moins l'augmentation du niveau du bien sera grande. On peut remarquer dans le graphique suivant le phénomène de productivité marginale décroissante. Augmenter le niveau d'éducation au début se fait avec beaucoup moins de dépenses que plus tard.


C'est donc dire que pour le gouvernement de rendre accessible l'éducation post-secondaire aux 20 premiers étudiants est beaucoup plus rentable que de l'offrir aux 20 derniers. Et supposons que ces derniers étudiants sont indifférents d'aller ou pas à l'université, c'est une dépense qui coûte cher à tous les Québécois, autant étudiants que contribuables parce qu'elle n'a pas un bon rendement et qu'elle crée un phénomène qu'on appelle congestion dans les universités. La congestion en terme économique, est l'utilité négative que l'on retire de partager un bien avec trop de personnes. Elle s'observe par exemple lorsque trop d'étudiants se partagent un professeur (et parfois un chargé de cours). Une grande classe nuit à la qualité de l'éducation parce que le professeur est généralement moins capable de partager l'engouement pour la matière de son cours avec tous les étudiants.

C'est ce qui m'a amené à apporter l'idée d'un contingentement plus grand dans les universités, choisissant ainsi les étudiants réellement motivés à poursuivre leur études, pour qu'ils en profitent. Un exemple de cette pratique à l'heure actuelle est le contingentement à l'école de police. Il ne s'agit pas d'un programme universitaire mais pour être accepté, il faut être discipliné très jeune. Si on suppose que la quantité optimale de diplômés pour la société compte tenu de la demande actuelle et l'offre actuelle n'est pas atteinte, il faut continuer de subventionner l'éducation pour la rendre de meilleur qualité. Si toutefois dans la structure de coût actuelle la quantité optimale est inférieure à ce que nous avons en ce moment, le contingentement aurait sa place. Alors que l'accessibilité est réduite, l'égalité des chances est maintenue; le rendement pour la société est plus grand et les dépenses moins gaspillées.

Les autres solutions

Impôts Post-Universitaire

La proposition d'un impôt post-universitaire circule depuis quelques temps et se décrit comme suit: pour permettre aux étudiants d'accéder plus facilement à une éducation universitaire, on maintient des frais de scolarité bas, avec la promesse que lorsqu'ils seront diplômés, on prélèveraun impôt supplémentaire sur leur revenu pour financer l'éducation des futurs étudiants. Cette solution vise le maintient de l'accessibilité mais a d'importantes implications:

  1. Au lieu d'emprunter aujourd'hui à la banque pour investir dans ses études, puis de rembourser sa dette une fois diplômé et salarié, on utilise l'argent d'autrui pour financer ses études, puis on rembourse sous forme d'impôt plus tard. Le mécanisme est très semblable sauf que dans le cas de l'IPU, aucun engagement est pris quant à la réussite. Un étudiant endetté a l'incitation de réussir à l'école et de décrocher un bon emploi pour rembourser sa dette alors que l'étudiant qui se fait payer son éducation ne devra payer que s'il réussit.
  2. Le problème d'inéquité intergénérationnelle peut survenir dans le sens où, supposant que les frais de scolarité actualisés sont les mêmes depuis une cinquantaine d'année, on impose un fardeau fiscal supplémentaire au travailleur pour permettre aux jeunes de payer moins aujourd'hui. Dans le meilleur des mondes, la subvention serait financée par dette, de telle sorte que c'est aux générations futures de payer pour ces dépenses d'éducation puisque ce sont elles qui en profitent plutôt que de faire payer les travailleurs qui ne bénéficieront pas du système. C'est donc dire que cet IPU serait subventionné par dette dans les premières années, obligeant les premiers diplômés à rembourser cette dette plutôt que d'investir dans l'éducation, forçant ainsi les étudiants à ce moment-là à augmenter la dette qui rembourseraient à leur tour. Si le taux d'IPU, le nombre d'étudiants par année et les coûts d'université restent les mêmes de manière actualisée, un système d'impôt post-universitaire qui est équitable sur le plan intergénérationnel serait analogue à un système d'emprunt et de remboursement global pour les étudiants.
  3. Un système d'emprunt et de remboursement ainsi construit coûte cher d'intérêt aux étudiants qui réussissent (sur le plan monétaire) et ne coûte rien aux étudiants qui abandonnent leurs études.
Par les distorsions qu'il provoque, un IPU serait loin d'être la solution optimale à mon avis. S'il permet bel et bien de bénéficier d'un système "de prêt" où les taux sont préférentiels, puisque gouvernementaux, l'incitation à rembourser est cependant nulle.

Frais de scolarité pondérés par discipline

Cette idée propose que les étudiants paient des frais de scolarité en fonction de leur champ d'étude, dépendamment du coût de formation mais surtout du revenu espéré. L'exemple souvent cité est celui de la formation en médecine. Il s'agit d'une formation très chère pour la société et où les étudiants gagneront beaucoup plus tard. Si je partage le point de vue de frais plus élevé en fonction du coût de formation, je ne suis pas d'accord avec celle du revenu espéré puisque nous faisons déjà face à un taux d'imposition progressif au Canada et qu'il s'agirait d'une double taxation. Des étudiants qui bénéficient d'une éducation de qualité, que ce soit par des infrastructures modernes (tel qu'un laboratoire) ou des professeurs de renommée internationale, devraient payer plus cher. Par un système de prêts qui encadrent et connaît les implications d'études de ce niveau, l'accessibilité ne sera pas brimée (en théorie!). C'est une manière de payer pour ce qu'on utilise, aujourd'hui si on a les moyens, demain sinon. La mentalité d'utilisateur-payeur et un concept apprécié chez les économistes.



Si on parle souvent en économie de faire des choix sujet à notre contrainte budgétaire, celle de l'éducation post-secondaire ne doit pas entrer dans la contrainte monétaire mais plutôt celle du temps. Il devrait être accessible à quiconque qui veut aller à l'université de le faire, sans qu'il soit question de son porte-feuille. Il s'agit plutôt de discriminer les gens selon leur volonté et cela n'est pas faisable par un mécanisme de prix si on veut préserver l'égalité des chances.

À défaut de pouvoir annoncer publiquement qu'on veut moins de gens dans les universités, le gouvernement a beau jeu d'annoncer une hausse, puisque naturellement, lorsque le prix d'un bien augmente, la quantité demandée diminue. Dans un système de prêts et bourses parfait (voir l'article de M.A. Schmidt), une hausse des frais de scolarité ne brime pas l'accessibilité des familles pauvres dans la mesure où les étudiants sont conscients que le rendement d'études universitaires est extrêmement élevé et sans risque. L'augmentation aura plutôt un effet de diminuer la stagnation de certains étudiants qui sont à la quête du savoir absolu et de la connaissance universelle (d'où vous me direz que l'université tient son nom!).

Alors que la hausse est à mon avis une autre mesure proposée par Jean Charest pour assurer un bon bilan à court terme, elle est évidemment trop rapide. Dans l'optique où tous les futurs étudiants savent qu'aller à l'université leur est très profitable, troquer un gel pour une réforme des prêts et bourses qui garantit la même accessibilité, ainsi que de contingenter plus de programmes, sont pour moi les solutions optimales.

mardi 20 mars 2012

Droits de scolarité - Retour de l'erreur des économistes classiques


Le débat sur la hausse des frais de scolarité qui fait rage présentement au Québec attire mon attention ces derniers temps. Tout d’abord, je veux mettre au clair que l’argumentation qui suit n’est pas empirique, mais plutôt philosophique. Comme dans chaque débat, il existe une pluralité de vision au sein même des groupes de pression. Du côté des partisans de la hausse, certains ne veulent tout simplement pas gâcher leur session, d’autres ont des motifs avec beaucoup plus d'altruisme. Du côté des carrés rouges, les manifestants étant contre la hausse des frais de scolarité, certains prônent la gratuité, d’autres un gel, d’autres une augmentation plus graduelle. Personnellement, je suis contre une hausse telle que proposé, mais le but de ce texte n’est pas de vous convaincre de vous ranger d’un côté ou d’un autre, mais de trouver une piste de réflexion qui me semble omise.

Tout d’abord, j’aimerais clarifier ma position lorsque je vois des arguments comparatifs avec le reste du monde, même avec les autres provinces canadiennes. L’argument du gouvernement qui veut que nous devrions augmenter les frais de scolarité pour atteindre la moyenne canadienne est selon moi vide de sens sauf si on sous-entend par là que la moyenne canadienne est l’idéal à atteindre. D’un autre côté, dire que les frais de scolarité ne doivent pas augmenter puisqu’ils sont déjà plus élevés que dans la plupart des pays Européens sous-entend que ces pays ont un système d’éducation parfait. Donc, je crois qu’il n’est tout simplement pas pertinent de se « comparer simplement pour se comparer ». De plus, je n’ai pas entendu beaucoup de partisans de la hausse soutenir une hausse plus importante, ou d’arrêter de subventionner l’éducation post-secondaire complètement. Si certains allaient au bout de leur pensée, la suite logique serait en fait d’arrêter de subventionner l’éducation, la subvention étant une distorsion économique.

Abordons maintenant le cœur de mon argumentaire. Plusieurs des partisans de la hausse des frais de scolarité croient que les bas frais de scolarité avantage les riches, puisqu’en haussant ces frais, les moins riches auraient toujours accès au prêts et bourses, et les riches paieraient leur « juste part ». De plus, même sans les prêts et bourses, ceux qui valorisent l’éducation comme il se doit pourrait tout simplement emprunter puisque l’éducation est un investissement. Cet argumentaire ressemble étrangement (mais grossièrement) aux point de vue des économistes classiques : SI nous vivons dans un monde parfait, voici la marche à suivre. Le point de vue des économistes classiques, pour simplifier, était que le marché était une solution parfaite au problème de redistribution des ressources rares. L’exposition mathématique de cette position est d’une puissance telle qu’il est pratiquement impossible de la réfuter. L’immense oublie de ces économistes était les « si ». En d’autre mot, ce résultat découle de plusieurs postulats ou suppositions sur le fonctionnement d’une économie très discutables. Par exemple (je ne parlerai pas de tous les aspects où les marché ne sont pas efficients, la liste serait trop longue), on peut penser aux biens publics, aux externalités, aux problèmes de risque moral et de sélection adverse. Bref, l’argumentaire des classiques était intouchable lorsqu’on prenait pour acquis leurs postulats, à savoir que nous vivions dans un monde parfait, où aucune incertitude n’existe, où évidemment le terme « chômage involontaire » est impossible, et où tous les agents économiques qui veulent emprunter ont un accès illimité au crédit.

Pourquoi le gouvernement devrait investir dans l’éducation post-secondaire? Parce que ce marché est totalement inefficace. Il y a tout d’abord les externalités positives de l’éducation. Déjà ici, il serait impossible d’arriver à un consensus. Certains croient qu’elles sont négligeables, je crois personnellement qu’elles sont énormes. En termes simples, je préfère nettement vivre dans une société éduquée que le contraire, donc mon bien-être est affecté par le fait que mes connaissances, et plus généralement la société, aillent à l’université. Cependant, il m’est impossible (et irrationnel) de payer directement l’éducation de ses personnes, c’est donc pourquoi le gouvernement est utile dans des cas comme celui-ci. En augmentant les frais de scolarité de tous les programmes, le gouvernement encourage ainsi les étudiants à suivre un choix de carrière lucratif, selon moi complètement indépendant de la question des externalités positives (certains pourraient même argumenter que la corrélation est négative, i.e. les programmes menant vers des carrières lucratives, par exemple la finance ou la comptabilité, ont les externalités les plus basses sur la société).

Encore plus important, le marché du crédit aux étudiants n’est clairement pas optimal. Premièrement, lorsque je parle d’étudiants « riches » au sens où le gouvernement l’entend, je parle d’étudiants dont les parents sont riches. Il y a là un problème temporel que je crois important. Le calcul des prêts et bourses du Québec pour les étudiants au baccalauréat (ici je me base sur l’expérience personnelle) se base sur le salaire des parents puisque pour le gouvernement, la ligne est parfaitement claire : Les parents doivent payer pour un baccalauréat mais, pour la maîtrise, c’est alors à l’étudiant de payer. Une petite anecdote personnelle permettra de mieux saisir mon point de vue. Après mon baccalauréat, j’ai décidé d’appliquer à la maîtrise dans plusieurs établissements. J’ai été extrêmement heureux lorsque j’ai reçu mon admission à la prestigieuse London School of Economics. Évidemment, la réputation de l’établissement leur permet de demander des frais de scolarité élevé (environ 30 000$ pour une maîtrise d’un an). Je croyais que ceci serait un « investissement ». Cependant, aucune institution financière n’a voulu m’accorder un prêt. Mon point ici est que, même si j’étais convaincu de la rentabilité de mon projet, il m’était impossible d’avoir un prêt. Le programme de prêts et bourses n’aurait certainement pas pu couvrir les frais de scolarité (je ne parle même pas du coût de la vie). Ma dernière option était mes parents, qui auraient été heureux de participer à mon projet, mais c’est ici le cœur de mon argument : Le principe d’égalité des chances est complètement bafoué si l'on se base sur le salaire des parents pour prendre ses décisions. Le marché du crédit qui devrait permettre une égalité n’est malheureusement pas efficace. Ceci ne doit pas être prit pour autre chose qu’il est : une anecdote. Mais n’est reste pas moins que ceci démontre l’inefficience du marché du crédit, et que penser que tous les étudiants qui veulent vraiment obtenir une éducation ont accès à un prêt est une fabulation que les partisans de la hausse des frais de scolarité semblent apprécier.

Je ne crois pas que tous les étudiants doivent payer eux-même leurs études, mais je crois qu’ils pourraient faire leur propre choix, et ne pas être contraint par un gouvernement qui tente de décider pour eux. L’augmentation des frais de scolarité aura pour conséquence de diminuer les avantages de ce choix, peut-être même le détruire totalement. Les étudiants qui voudront encore payer pour leurs études devront travailler d’avantage, diminuant les probabilités de réussite scolaire, donc créant un équilibre où moins de jeunes décideront de payer pour leurs études. L’idée selon laquelle une augmentation des frais de scolarité amènera à une société où les étudiants valorise plus leur éducation (car elle est plus chère) est donc selon moi complètement fausse et risque de mener vers l’inverse.

J’ai présenté ici une partie de mon point de vue sur le débat entourant la hausse des frais de scolarité. J’ai argumenté que l’éducation n’est certainement pas un marché parfait, et que ces imperfections rendaient les arguments économiques classiques pour la hausses des frais de scolarité totalement impertinents. Je ne suis pas contre une hausse à priori, mais jusqu’à ce que le gouvernement ne donne pas une argumentation plus profonde, plus visionnaire et moins biaisée, je continuerais de promouvoir le statu quo, imparfait, mais selon moi supérieur à cette hausse drastique des frais de scolarité.