lundi 3 juin 2013

Pourquoi porter un casque à vélo?

Un article parut le 16 mai dernier dans La Presse commentait une étude sur l'impact des lois sur le port obligatoire du casque de vélo. L'étude en question conclue que de telles lois n'ont pas d'impact sur le nombre d'accidents à la tête.  Les études d'impact sur la santé ne sont jamais parfaites, voire parfois erronées.  Je soulève aujourd'hui les faiblesses de conclusions comme celle de l'étude parce que je trouve qu'une mise en contexte s'impose.   Parce qu'on sait tous que rouler avec un casque, c'est plus sécuritaire que rouler sans, un nombre d'accidents relativement non-réduits ne veut pas dire que des lois ne fonctionnent pas.  Et voici pourquoi.

Le comportement induit par le port du casque

Si tu roules sans casque, tu es plus prudent. Si tu roules avec un casque, tu fais moins attention.

Un environnement dangereux est un déterminant d'un accident de vélo, et donc d'une blessure. Le comportement du cycliste est un autre facteurs qui joue dans la balance, et fort probablement qu'il y pèse beaucoup.  À Montréal, où le port est facultatif (s'il est obligatoire, on peut se dire que la loi n'est pas trop mise en application...), et supposons que tous les cyclistes roulent dans un environnement au même niveau de danger, les gens qui ont le plus d'accidents, sont ceux qui prennent le plus de risques.  Et les "aimants" du risque, ceux qui ont la conduite la plus dangereuse, ont probablement tendance à porter le casque moins souvent, ça fait partie de leur personnalité.  Les plus peureux, vont rouler plus prudemment et porter le casque. Il ne faut pas oublier les cyclistes qui savent être perdus sur la route, et qui porte le casque par peur de leur propre conduite.

En oubliant cette dernière catégorie, qui porte le casque de toute manière, le nombre d'accidents dans la population des "non-porteux" de casque est donc probablement plus élevée.

L'effet rassurant d'un casque

Les bienfaits du casque sont connus pour la sécurité, on a moins de risque de se blesser.  En obligeant le port du casque et dans le monde idéal où tous les cyclistes respectent cette réglementation, ceux qui n'en portaient pas, et donc, ceux qui aimaient plus le risque que la moyenne, se sentent maintenant en sécurité.  Ils auront probablement tendance à prendre plus de risques, et d'ainsi augmenter leur chance d'avoir un accident.  C'est à mon avis l'explication des conclusions de l'étude publicisée dans La Presse.  La mise en place d'une loi qui oblige le port du casque a des effets indésirables, du moins à court terme.

La période de transition pour changer les mentalités

En laissant quelques années de transition, le comportement naturel des cyclistes revient.  L'effet rassurant d'ajouter un casque à sa promenade se dissipera, du moins en partie. C'est à ce moment-là qu'on pourra constater si la réglementation fonctionne.

Les enfants maintenant devenus adultes qui ont porté leur casque toute leur vie, ne verront pas dans le casque une opportunité de prendre plus de risque.  C'est ainsi que la population soumise à la réglementation aura la même distribution de cyclistes avec conduite risquée, qu'elle ne l'avait dans le temps où le port du casque était facultatif.  Avec une proportion similaire, on devrait observer la même fréquence d'accidents qu'avant, sauf qu'aujourd'hui, les accidents blesseraient moins.  


Je pense donc qu'en théorie, l'obligation du port du casque n'a sans surprise aucun impact à court terme, mais c'est sur le long terme que l'effet est désiré.  L'analyse qui devrait être faite compare deux populations: une qui est soumise à la réglementation depuis la naissance, et une autre où aucune réglementation n'existe.


samedi 11 mai 2013

Partager un concours pour augmenter ses chances de gagner?

Un concours m'a été récemment acheminé via les médias sociaux et j'aimerais partager mon questionnement à ce sujet. Lorsqu'il nous est proposé de partager de tels concours moyennant l'augmentation de notre chance de gagner, est-ce qu'on doit conclure qu'en multipliant le nombre de fois qu'on participe, on augmente réellement nos chances de gagner?

Il n'est pas sorcier de comprendre qu'un concours ayant un ultime prix est remporté par une seule participation.  Nos chances de gagner sont donc égales au nombre de fois que l'on y participe sur le nombre de participations de tous les autres joueurs.  C'est donc dire que moyennant un nombre de participations total qui augmente, on nous offre plus de participations unitaires. Or, l'augmentation du numérateur (notre nombre de participation) ne garantie pas une fraction plus grande.

La question est de savoir si le partage de ce dit concours augmentera du facteur dont nos chances de gagner sont elles-mêmes multipliées. Par exemple, supposons que 99 participations seront comptabilisées sans votre intervention, en y participant, vous aurez donc 1 chance sur 100 de gagner. On vous offre de partager le concours moyennant l'augmentation de votre nombre de participation d'un facteur 10. Pour ne pas augmenter vos chances, il faudrait que votre partage entraînent 891 participations additionnelles. De cette façon, vous aurez toujours 1 chance sur 100 de gagner (10 sur 1000).

L'effet multiplicateur du nombre de participation m'est inconnu. Cela dépend également de la propension à partager de vos amis. Dans l'exemple précédent, il me faut pas négliger 2 points: qu'une personne qui a reçu de vous une invitation risque de participer 10 fois également; et que la valeur arbitraire de 99 comme nombre de participations sans votre implication est très basse; pour des concours de petites envergures, ce nombre doit être d'au moins 25 000 (dans ce cas, votre partage devrait entraîner plus de 224 991 autres participations pour réduire vos chances).

Tout ceci est compliqué, mais j'en conclue que moins un concours est connu, et que plus vos amis ont une propension à partager les concours elevée, moins vous avez intérêt à le partager; mais ça ne vaudra pratiquement jamais la peine de ne pas le faire.  Si vous avez à le faire, partager ces concours à des gens qui ne feront pas de même. Et si vous valorisé le rayonnement de l'entreprise qui a mis en place le concours, qu'attendez-vous? Ne lisez pas ce post.

mercredi 8 mai 2013

Le brio de Pierre Boivin ou la conjoncture cyclique de la passion pour le CH

La "fièvre" des séries est loin d'être à son comble cette année. Je pose la question dans ce post si le printemps CH est moins chaud cette année parce que le temps qu'il fait distrait les partisans, que les chances de l'équipe cette année sont moins bonnes, et beaucoup d'autres raisons possibles, ou bien que Pierre Boivin n'est plus le président de l'équipe.
En 2000, alors que je jouais au niveau atome dans le hockey mineur, je me rappelle avoir mis la main sur une paire de billets gratuite (reçue, pas donnée) dans le fin fond du Centre Molson pour aller voir un match. J'étais le seul avec mon père dans les bleus. Le Canadien dans ce temps-là faisait les séries une année sur 2. L'image du club de hockey n'était pas très bonne, admettons-le. Puis, George Gillet a acheté l'équipe et le Centre Molson, et avec l'aide de Pierre Boivin a regarni les gradins qui sont pleins (en théorie) depuis 2004. 
Des transactions flamboyantes comme celle qui a amené Alex Kovalev à Montréal ont contribué a ce mouvement. Des séries excitantes contre les Bruins au courant de la décennie n'ont pas nui.  Et il y a eu le centenaire de l'equipe, et un poste de télévision jadis Réseau des Sports, est devenu Télé-Canadiens.
Pourtant, les conditions qui me semblent pas avoir tant changées ne sont plus gagnantes, du moins en a regarder le nombre de drapeaux sur les voitures. En effet, le Centre Bell est toujours a pleine capacité, malgré une hausse du prix des billets, du stationnement, et de la bière.
Plusieurs explications possibles me viennent en tête: un possible essoufflement de l'engouement du centenaire, le club qui est méconnu, avec la perte de joueurs icônes comme Kovalev, Koivu et Théodore, la crise politique du printemps dernier qui nous a fait oublier ce qu'est le printemps à Montréal, le beau temps, la saison écourtée, l'espoir nul de voir l'équipe passer en 2e ronde, etc.
Je pense que certains de ces facteurs peuvent expliquer les 37,5 degrés (l'absence de fièvre...) des séries cette année, mais rien n'est plus marquant que le changement de direction d'une organisation pour justifier de moins bons rendements.  Sans Pierre Boivin, le Canadien se vend moins bien, et ça pourrait se traduire par un ralentissement de la vente des billets la saison prochaine (si le prix ne baisse pas). On a pourtant 3 excellents espoirs, et une rivalité de plus à prévoir avec la capitale nationale.
J'attends vos commentaire sur cette louange que je fais à Pierre Boivin. Je pourrais ajouter qu'il est probablement parti au bon moment, et ça ferait de lui un homme d'affaire autant plus génial.

lundi 6 mai 2013

La gestion d'une équipe de hockey à la manière d'un porte-feuille diversifié

Après un automne sans hockey, Montréal profite d'une équipe de hockey transformée depuis l'année dernière.  Ce post ne discutera pas des décisions comptables du directeur général du Canadien, Marc Bergevin, mais de choix des joueurs qui constituent l'alignement du club.  Par exemple, il ne sera pas question du rachat du contrat de Scott Gomez, ni de la façon dont il s'est débarrassé du contrat d'Erik Cole. Ces décisions améliorent la rentabilité de l'équipe à long terme mais n'en dit pas nécessairement long sur les rendement côté hockey.  Les "experts"-analystes de RDS, TVA Sports et autres applaudissent tous la gestion de l'équipe, et font souvent référence à une équipe qui a 3 lignes de joueurs qui peuvent produire.  Comme ce blog est de nature économique, j'aimerais faire le parallèle entre la théorie financière du porte-feuille diversifié et la façon dont le Canadien de Montréal est géré.

La théorie financière du porte-feuille diversifié stipule qu'afin de maximiser le bien-être d'un épargnant-investisseur, il ne faut pas mettre tous ces œufs dans le même panier.  Par exemple, un investisseur qui ne détenait que des actions de Nortel au moment de leur dégringolade en bourse, aura perdu presque la totalité de ses investissements.  Lorsqu'on place de l'argent, on souhaite bien sûr avoir le meilleur retour sur son investissement, mais on cherche également à minimiser le risque.  Ce sont les deux éléments qui font varier le "bien-être"/richesse des agents.  On suggère donc de placer de l'argent à différents endroits, de façon à ce que ces investissements ne varient pas tous en même temps: on pourrait ainsi amortir l'effet d'une chute de la valeur de nos actions avec une hausse ou une non-variation des autres actifs. Dépendamment de la peur face au risque et aux désirs d'avoir de grands rendement, l'investisseur fait son choix.  Et généralement, les rendements sont plus faibles lorsque les risques sont faibles.

Vous étiez surement déjà au courant de cette théorie, mais il est à mon sens pertinent d'observer la gestion du club de hockey montréalais dans cette optique.  Le Canadien de Montréal compte sur plusieurs bons joueurs cette année, sans que ceux-ci ne soient dans les leaders à ce chapitre dans l'ensemble de la ligue.  On pense à Pacioretty, Ryder, Eller, Plekanec entre autre.  Ce sont d'excellents joueurs qui, contrairement à d'autres comme Crosby ou Stamkos, ne produisent pas nécessairement à tous les matchs.  Toutefois, le rendement de chacun de ces joueurs ne sont pas corrélés entre eux: ils ne varient pas ensemble.  Si Ryder connaît un bon match un soir, et que Pacioretty en connaît un moins bon, la tendance peut s'inverser au match suivant.  Ces ainsi que Marc Bergevin a mis sur pied (à partir de ce qu'il avait déjà) une équipe diversifiée.  Il a en moyenne d'excellentes chances d'avoir un bon rendement à chaque match, et cette moyenne ne varie pas beaucoup: il a un bon rendement espéré et un risque minimisé.

Les analystes décrivent ce genre d'équipe, comme pouvant "compter sur 4 bon trios".

S'il est important d'avoir un "porte-feuille" d'équipe diversifié sur le plan du rendement hockey, il est également important de répartir le risque au niveau des blessures.  Prenez par exemple un joueur comme Sidney Crosby, qui est si talentueux, qu'on ne mettra probablement jamais en doute son rendement sur la glace.  Il a un bon rendement sans risque, il serait donc compréhensible de le rémunérer généreusement.  Cependant, en lui donnant 10 M$ par année au lieu de payer 3 joueurs à rendement non-corrélé payés à 3,3 M$ qui auraient la même production offensive, on prend le risque de payer un joueur alors qu'il est à l'infirmerie (pardonnez l'expression du jargon - RDS).

C'est grâce à des décisions comme celle-là que le Directeur Général du Canadien cette année à pu maintenir le cap vers une deuxième place dans l'Association de l'Est, même en perdant au courant de la saison un excellent joueur comme René Bourque, ou un bon défenseur comme Rafael Diaz.

Dans un contexte comme celui de la Ligue Nationale de Hockey, où on observe ces dernières années beaucoup plus d'achalandage sur le marché des transactions ou des joueurs autonomes, le sentiment d’appartenance des joueurs à leur équipe est moins important qu'avant.  Ce qui explique que deux joueurs de talent ont une production offensive synchronisée (en d'autre mot, qu'ils connaissent des hauts et des bas dans la saison aux mêmes moments), est notamment le fait de partager le même uniforme pendant plusieurs saisons.  Or, garder des joueurs dans la même équipe pendant longtemps coûte cher (sujet que j'aborderai dans un prochain post), et la diversification du porte-feuille s'effrite. Dans l'environnement actuel, un Directeur Général a tout avantage a profiter du grand taux de roulement des joueurs afin de maximiser ses rendements hockey et de minimiser ses risques.



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Pour les connaisseurs, une obligation à long terme serait pour moi Josh Gorges;
Un indicateur du marché immobilier en 2008 serait Alex Ovechkin (il reprend du mieux récemment, comme le marché immobilier américain);
Le baril de pétrole serait comme Sidney Crosby (toujours un bon rendement mais connait quelques secousses ces dernières années).

Si vous avez d'autres suggestions, n'hésitez pas à partager.

mardi 12 février 2013

Les services municipaux - Commentaire du marché du travail


J'ai précédemment abordé le sujet du financement des arrondissements dans un contexte de conjoncture économique volatile.  Je veux aujourd'hui mettre en lumière quelques particularités du marché du travail des employés de la fonction publique au Québec.

On a assez parlé dans les derniers mois de la corruption à la Ville de Montréal, Laval et autres.  Je ne traiterai pas de ce sujet, puisque la vérité reste à être établie.  Je veux cependant commenter la dominance/force des travailleurs sur le marché du travail spécifiques aux cols bleus. 

Un salaire est théoriquement expliqué en économie par la productivité marginale d’un travailleur : plus un employé apporte à la firme ou à la société, plus il sera rémunéré.  D’autres facteurs influencent les salaires sur les marchés, comme la rareté d’une certaine compétence.  Un des meilleurs exemples est celui des réparateurs d’ascenseurs : parce qu’il n’en existe que très peu et que leurs services sont « essentiels », ces individus gagnent plus qu’un mécanicien à égale compétence dans un autre domaine.  D’autre part, en pratique, les salaires sont également déterminés par les syndicats qui doivent défendre les travailleurs, notamment par la sécurité d’emploi.  La force d’un syndicat et la rareté d’une compétence augmente la dominance des travailleurs sur le marché du travail, en opposition à un marché dominé par les employeurs.
Il ne fait aucun doute que les employés du secteur public à travers le Québec sont bien protégés par les syndicats.  Toutefois, si on dit souvent que les infirmières, médecins et professeurs d’université ne sont pas payés à un salaire concurrentiel par rapport aux États-Unis par exemple, il ne fait aucun doute que les cols bleus de la Ville ne gagnent pas mal leur vie. 

J’avais énoncé dans un post précédent que les services municipaux ne peuvent être effectués que par l’État alors que d’autres services de responsabilité provinciale comme les soins de santé et l’éducation post-secondaire pourraient être administrés de façon privée.  Il reste que nous avons fait des choix dans le passé, qui fond que dans la structure actuelle de la société québécoise, le service des médecins est qualifié d’essentiel.  Si bien que ceux-ci ne peuvent utiliser des moyens de pressions efficaces comme la grève pour négocier un meilleur salaire parce que leur expertise est nécessaire pour sauver des vies.  C’est la même chose pour les professeurs d’université qui prennent en otage une cohorte entière d’étudiants, entraînant une pénurie de main d’œuvre spécialisée lorsque ceux-là font la grève.  Lorsque ces « employés » du secteur public provincial ont déclenché un arrêt de travail à des fins de négociation salariale, on a assisté dans les dernières années à des outils peu conventionnels comme un « bâillon » pour forcer leur retour.  De leur côté, les employés d’entretien du métro ou les cols bleus montréalais peuvent arrêter de travailler sans qu’un impact négatif sur la société leur soit attribué, du moins à première vue.

Il est facile de relier la vie d’un patient à la grève d’un médecin, mais qu’en est-il du ralentissement économique engendré par des rues non-déneigées en hiver? Je cherche à savoir d’où vient la dominance des cols bleus montréalais dans leur négociation salariale : s’agit-il d’un avantage historique, de ne pas faire face à un employeur qui peut passer des lois spéciales, du caractère fondamentalement « essentiel » de leur emploi (en comparaison à un caractère historiquement « essentiel » pour les services provinciaux), ou de l’ignorance des effets négatifs que ne provoque une grève.  Si des études pouvaient dénoter hors de tout doute les répercussions négatives de l’absence de déneigement par exemple, pourrions-nous nous attendre au prolongement de lois spéciales au niveau municipal, ou au limitation de celles-ci au niveau provincial?

J’ai récemment entendu parler d’une comparaison entre le Canada et les pays scandinaves, où les employés de la fonction publique possèdent une bien moins bonne sécurité d’emploi.  Les syndicats québécois ont fait des gains considérables historiquement à ce sujet et dans l’optique où cette sécurité d’emploi fait partie de nos contraintes de ressources aujourd’hui, il est intéressant de se questionner sur les moyens de maximiser l’efficacité des dépenses et des services publics.

jeudi 10 janvier 2013

Les services municipaux – coûts et ce qui en découle


L’idée de se post m’est venu d’une conférence qui s’est tenue au CIRANO en mars dernier.  On y retrouvait plusieurs conférenciers discutant du problème des municipalités à arriver à l’équilibre budgétaire depuis la crise économique de 2008.  En effet, si d’un côté les maisons étaient surévaluées justifiant un taux de taxation plutôt bas, la bulle immobilière ayant éclatée, les municipalités se retrouvent avec des villes à entretenir avec des revenus plus bas.  J’aimerais d’abord présenter ce phénomène puis discuter du caractère « essentiel-public » des services municipaux.  Je commenterai dans un autre post le marché du travail spécifique aux cols bleus.

Le problème auquel fait face les municipalités américaines est celui du déséquilibre budgétaire.  Les services municipaux sont généralement les services d’aqueduc, d’entretien et de réfaction de routes, de gestion des déchets, du transport en commun, de la sûreté, des bibliothèques et centre civiques et du déneigement dans les régions plus au nord.  Il existe bel et bien une relation entre l’augmentation de la population d’une ville et l’augmentation des services : plus il y a de maisons, plus la ville doit offrir des services sur une plus grande superficie, mais elle récolte également plus de revenus.  Si le taux de la taxe municipale sur la valeur des maisons est bien fixé, la ville devrait généralement arriver à l’équilibre budgétaire.  Cette relation bien simple est toutefois bouleversée lorsque la valeur des maisons est sujette à une bulle spéculative.  Un tel phénomène n’étant pas observé méthodiquement par les autorités municipales, celles-ci pourraient prendre de décisions « dangereuses ».  En effet, une réduction des taux par exemple, pour des raisons politiques pourraient avoir lieu si les surplus s’enchaînent.  De telles décisions seraient regrettables si la valeur des maisons en venait à chuter.  Les services seraient toujours nécessaires mais les revenus à la ville insuffisants pour les financer.

Une telle problématique aux États-Unis rappelle le concept d’équité intergénérationnel évoqué entre autre par Éric Duhaime.  Ce n’est pas parce qu’un gouvernement affiche des surplus budgétaires pendant des années qu’il doit réduire les taux d’imposition.  Des conjonctures favorables permettent de rembourser les dettes contractées pendant les mauvaises années.

Si j’ai exagéré mon exemple en utilisant la réduction du taux de taxes municipales plus haut, je pense qu’on peut s’entendre que la crise à elle-même a provoqué les déséquilibres budgétaires municipaux.  Il est également possible de comparer une valeur des maisons élevées justifiant des surplus budgétaires à un hiver sans neige à Montréal…

Je veux maintenant discuter du caractère « essentiel » des services municipaux.  Si les débats des dernières années concernant l’inclusion du privé dans les services de soins de santé ou la hausse des frais de scolarité pour les études universitaires ont mis en question la pertinence de l’État dans certains secteurs où il est impliqué, il ne fait aucun doute que les routes ne peuvent être construites par des particuliers…  La sécurité des citoyens pourrait être assurée par des entités privées mais il est très logique de confier cette responsabilité à l’État.  D’autre part, les bibliothèques et centres civiques ne représentent qu’une petite partie d’un budget municipal.  C’est pourquoi j’attribue aux services municipaux le caractère de « essentiel-public » : ils ne peuvent être gérés que par l’État.  Les impôts municipaux sont très pertinents, et la valeur de cette taxe est justifiée si les fonds publics sont bien gérés.

J’aimerais parler dans un prochain post de la dominance des cols bleus de la Ville sur le marché du travail.  

mardi 18 décembre 2012

Les téléphones intelligents : objets de luxe?

J'écris ce post en faisant suite à un retweet de @geraldfillion qui citait des statistiques concernant l'utilisation du téléphone cellulaire chez les adultes: "66% des adultes québécois possèdent un téléphone cellulaire (de base ou intelligent) mais la popularité des téléphones de base diminue" (@cefrio).  Ce post est en quelque sorte un commentaire de cette annonce.  Je discuterai du marché du téléphone cellulaire et venterai ensuite les départements marketing des compagnies de téléphonie mobile pour le bon travail qu'ils ont fait.

Mon père, professeur en génie électrique à l'École Polytechnique de Montréal ne possède pas de téléphone cellulaire.  Il a déterminé qu'il n'en avait pas besoin.  Il y a 20 ans, personne n'en avait besoin (vous en êtes bien sûr au courant).  L'innovation du téléphone de base nous a amené aujourd'hui à posséder dans le fond de notre poche un appareil qui permet de gérer nos courriel, de nous orienter où que nous soyons, de prendre des photos, d'écouter de la musique, de surfer sur le web, etc.  Il permet aussi de faire des appels...   Ces appareils sont attrayants, mais coûte très chers.  Si vous n'aviez pas l'opportunité de vous procurer un téléphone gratuitement en souscrivant à un service téléphonique, achèteriez-vous un téléphone à 800$?  Les compagnies de téléphonie ont bénéficié du marché d'un bien qui est inutile sans le paiement mensuel d'un service.  Un tel bien est très propice à la structure de contrat.

Mon commentaire ici est de discuter si l'augmentation de la proportion d'utilisateur de téléphones intelligents augmente parce que les consommateurs ont besoin de gérer leur courriel, leur réseau sociaux, ou de prendre des photos ou parce que les téléphones plus chers assurent des forfaits mensuels plus chers et que les compagnies de téléphonie ont avantage à n'offrir que ces téléphones.  Est-ce que cette proportion augmente parce que la demande augmente, ou bien parce que l'offre augmente (et l'offre de téléphone de base diminue)?

Je me permets de faire un parallèle entre l'entrée en marché des téléphones cellulaires de base suivie d'une hausse des tarifs des téléphones publics et l'entrée en marché des téléphones intelligents suivie d'une diminution de l'offre de téléphones cellulaires de base.  Si le coût marginal des téléphones publics n'a certainement pas doublé pour expliquer le passage du 25 sous aux 50 sous par appel, je questionne si la demande pour les téléphones de base a réellement baissé.  Combien de gens se sont procurer un téléphone cellulaire lorsqu'appeler d'une cabine coûtait deux fois plus cher? Je fais partie de ces gens et je soupçonne Bell d'avoir délibérément opérer cette hausse de prix pour amener les consommateurs à substituer le 50 sous/appel pour un téléphone cellulaire.  Le consommateur qui ne cherche pas un téléphone intelligent parce que ces besoins ne sont qu'appels et messages textes, mais qui cherche un appareil au design attrayant est actuellement très mal servi.

Cette diminution d'offre n'est certainement pas qu'opérée par les fournisseurs de service mobile mais par les fabricants de téléphones cellulaires.  Le véritable coût des téléphones intelligents réside dans le R&D.  Une fois que le téléphone est conçu, pourquoi continuer à produire des téléphones de base si on peut vendre plus cher un produit de meilleur qualité à la place.  Le concept de qualité qui amène effectivement les employés à être plus productifs est différent pour le consommateur.  Celui-ci y perd possiblement son compte.

Il est impératif que les gens d'affaires gagnent en productivité lorsqu'ils ont accès à leurs courriels en tout temps.  Je questionne toutefois la pertinence de posséder pour un consommateur un téléphone intelligent.  Mon texte ne présente que la possibilité du contrôle de l'offre par les fournisseurs de service téléphonique, mais le bon marketing des téléphones intelligents est probablement à la source d'une modification des "besoins" des consommateurs.  Si vous vous déplacez et avez peur de vous perdre, prenez des notes.  Si vous voulez enregistrer un vidéo ou prendre des photos, faites-le avec une caméra, qui sera probablement encore bonne dans 3 ans.  Le téléphone cellulaire a amené la téléphonie à un autre niveau, je ne remets donc pas en question sa pertinence quant aux appels en tout lieu. C'est pourquoi je pense que s'il est difficile de renoncer à un téléphone cellulaire, mais que renoncer à un téléphone intelligent est plus facile.

Je crois finalement que la proportion d'utilisateur de téléphone intelligent augmente, parce que les consommateurs en demande plus (à tort ou à raison), mais également parce que les fournisseurs de téléphones ont augmenté leur offre et réduit celle de biens substitut qu'est le téléphone de base.