Après mon
premier post traitant des droits de scolarité dans un contexte de
marché imparfait, je poursuis mon analyse en présentant une raison pour
laquelle le gouvernement devrait investir dans l’éducation post-secondaire. Pourquoi
les « travailleurs » devraient payer pour les « étudiants »
(entre guillemets puisque l’un n’exclut pas l’autre). Malheureusement, pour
gagner un peu de rigueur, ce texte aborde peut-être des sujets de la science économique
un peu plus poussés. (Wonkish) comme dirait Krugman.
L’argument
voulant que l’éducation post-secondaire soit un investissement (très rentable d’ailleurs)
se tient, même si une multitude d’autres considérations doivent être prises en
compte. Dans sa dernière chronique de La Presse, Yves Boisvert avance
que les diplômés universitaires gagneront en moyenne beaucoup plus d’argent que sans diplôme. En
plus de tous les problèmes d’endogénéité qu’une analyse comme celle-ci fait
face et que des analystes non-initiés à l’étude statistique (M. Boisvert, je parle de vous) ne comprennent pas,
il est important de noter qu’il s’agit ici d’une moyenne. Plusieurs étudiants
ne trouveront pas d’emploi dans leur domaine ou accepteront des emplois moins
bien rémunérés que ce qu’ils escomptaient en entreprenant leurs études.
M.
Boisvert ne regarde pas l’autre côté de la médaille, à savoir que ces mêmes
étudiants qui gagneront plus seront aussi ceux qui paieront le plus d’impôt.
Sur les centaines de milliers à deux millions de plus que représente selon lui
ce diplôme, le gouvernement en retirera une partie. Estimer la partie exacte de
ce surplus qui servira à financer le système d’éducation de nos enfants me
semble difficile, mais je conjecture que les étudiants paieront leur juste part
dans les années à venir.
J’aimerais
maintenant présenter le point central de mon analyse. Pourquoi le financement
de l’éducation post-secondaire ne pourrait-il pas être considéré comme une
assurance? Lorsqu’on se trouve face à l’incertitude (par exemple la possibilité
d’un accident d’auto), il est logique de prendre une assurance. De plus, les récents
développements dans le domaine de la finance ont permis d’assurer énormément d’investissement.
Théoriquement, ceci s’explique par le fait que nous n’aimons pas le risque (nous
sommes averse au risque). La compagnie d’assurance a des milliers de clients et
ceci leur permet de pratiquement éliminer le risque. En effet, la loi des
grands nombres fait son travail. La probabilité que tous les assurés aient un
accident en même temps (ou que leur investissement échoue) est extrêmement
faible et négligeable. À terme, tout le monde y trouve son compte : Les
assurés ont pu diminuer le risque et ainsi augmenter leur bien-être, et les
assureurs peuvent retirer un profit de cette transaction, en chargeant un peu
plus que la moyenne de leurs coûts.
En matière
d’éducation, il serait souhaitable que des compagnies d’assurance permettent ce
genre de transaction. Pour des raisons évidentes de risque moral et de sélection adverse, ceci est impossible.
Le gouvernement entre donc en jeu. Théoriquement, le gouvernement aurait la
chance ici d’agir comme un assureur (avec les profits qui s’y rattachent). L’étudiant
désire étudier mais ne connait pas les retombés économiques de son choix.
Peut-être qu’un étudiant en histoire de l’art gagnera moins que s’il avait suivi
des cours de plomberie. Peut-être aussi que le HEC formera un grand
gestionnaire qui gagnera plusieurs dizaine de millions de plus grâce à son
diplôme. Ces exemples démontrent le risque que les étudiants font face lorsqu’ils
entreprennent leurs études.
D’un autre
côté, lorsque vient le temps de quitter l’université et d’entrer sur le marché
du travail, l’étudiant commence alors sa vie de payeur de taxe. Comme M.
Boisvert l’a expliqué, en moyenne, le diplômé universitaire gagnera plus que
sans diplôme. Sur cette augmentation, il paiera des taxes. Plus son « investissement »
aura été rentable, plus il paiera de taxes, merci à notre système d’impôt progressif.
C’est donc la définition même de l’assurance. Si on est chanceux (pas d’accident
ou investissement rentable), l’assureur gagne. Si on est malchanceux, les coûts
d’éducation assumés par le gouvernement auront été plus grand que les bénéfices
(ou les profits seront moins grand). Avec les chiffres et les analyses qui démontrent
à quel point l’éducation est un investissement rentable, je crois que le
gouvernement sort gagnant de cette transaction.
La hausse
des frais de scolarité est une question de société qu’on doit analyser à
long-terme, et non session par session. J’ai démontré ici que les subventions
gouvernementales peuvent être considérées comme une assurance emmenant une amélioration du bien-être de la société. Les étudiants,
et futurs payeurs de taxes, sont averse au risque, et il y a là un gain
potentiel de bien-être. Si le gouvernement a une vision à long-terme de la
société, il est évident qu’il en retirera des bénéfices. Le problème de mon
analyse se situe dans mon dernier point. Le gouvernement libéral étant ce qu’il
est, seulement les gains à court terme importent. Il ne voit donc pas l’utilité
d’agir en tant qu’assureur. Une preuve de ceci est la division d’opinion intergénérationnelle.
Les personnes âgées désirent hausser les frais de scolarité, puisqu’ils ne
verront pas les bénéfices d’une société plus éduquée, payant plus de taxes. Quel sera le dénouement
de cette question, où aucun équilibre de Nash semble exister? L’histoire nous le dira.
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