mercredi 22 février 2012

Le Plan Nord – Les ressources naturelles du Québec et nos exportations

C’est commencé. Le Plan Nord proposé par le Parti Libéral du Québec est en marche. Un projet qui valorisera le sol Québécois par des extractions minières importantes dans les années à venir, devrait enrichir substantiellement notre province. Un plan qui nous amène à se poser les questions suivantes : pouvons-nous nous assurer que la richesse réelle retirée de ces activités appartiendra aux Québécois ou aux compagnies minières étrangères? Le bilan économique positif anticipé de ce projet nous rend-il plus dépendant de l’économie mondiale?

On ne peut dire le contraire, le Nord du Québec est un très grand territoire (1,2 millions de km²) qui renferme énormément de forêts, de rivières mais également de minerais grandement en demande sur le marché international. Grand producteur de zinc, d’or et de minerai de fer, c’est plus de 20 minéraux qui sont exploités actuellement sur le territoire québécois. Le Plan Nord est un projet qui visera à développer les infrastructures minières par entre autres la création de routes et de chemins de fer, sollicitera Hydro-Québec pour acheminer et alimenter les projets en électricité et devrait créer ou consolider 20 000 emplois par années au cours des 25 prochaines années. Le gouvernement et Hydro-Québec planifie investir 80 milliards dans ce projet, 47G provenant de la société d’état alors que les 33G autres serviront à développer des infrastructures publiques (source : lesaffaires.com). Le gouvernement hausse également le taux de redevance des entreprises sur ce qu’ils exploitent, de 12% à 16%.

En science économique, lorsqu’il s’agit d’évaluer un projet public, on cherche à savoir si l’investissement du gouvernement rapporte des gains réels à ses citoyens. Le gouvernement Charest compare le Plan Nord au projet de la Baie James dans les années 1970 alors qu’il s’agit de deux situations très différentes sur le plan économique. Alors que dans les années 1970, Hydro-Québec investissait des centaines de millions dans la construction de barrages hydroélectriques, assurant aux Québécois de l’énergie renouvelable à bas prix dont nous profitons encore aujourd’hui, le Plan Nord prévoit des investissements importants pour enrichir le Québec par la consolidation et la création d’emplois, et par des constructions d’infrastructures de transport, facilitant l'exportation des minéraux. Il existe toutefois une différence marquée entre le le Plan Nord et le projet de la Baie James: alors qu'on investie aujourd'hui dans un projet d'extraction de ressources épuisables, les centrales hydroélectriques utilisent notre territoire de manière durable.

Il ne faut toutefois pas voir le Plan Nord comme un mauvais projet, dans la mesure où le Québec est riche en minéraux et qu’il est nécessaire d’en profiter. C’est plutôt de la manière avec laquelle le projet se développe qu’il faut se poser des questions: Les investissements du gouvernement seront-ils profitables pour l’ensemble des Québécois ou cela est-il seulement favorable aux entreprises minières qui participeront au projet? La valeur nette de nos minéraux est-elle si grande si le gouvernement doit investir dans des infrastructures pour assurer le développement de cette industrie? La pensée libertarienne en économie stipule que si une activité doit être profitable, elle sera initiée. Par exemple, si les gens veulent vraiment conduire une voiture, ils renonceront à d’autres biens pour se la procurer. La voiture sera donc profitable à leurs yeux. C’est donc dire que si la valeur nette du sous-sol québécois était assez grande, les compagnies minières s'occuperaient de développer les infrastructures nécessaires pour en profiter. Ainsi, dans cette idéologie de droite économique, le gouvernement n'aurait qu'à assurer le respect de la réglementation.

Si on peut justifier l’implication du gouvernement dans le projet, c’est dans sa promotion, ce qui devrait augmenter la proportion de capitaux québécois dans les investissements privés. Le projet sera profitable pour le Québec si des sociétés d’investissement de chez nous, telle que la Caisse de dépôt et placement du Québec, y prennent part.

Sur un plan macroéconomique, un projet comme le Plan Nord est excellent pour le bilan financier québécois en chiffre mais ne l'est pas de manière réelle. Lorsqu’on regarde la santé économique d’un état, on veut savoir si le pays (ou la province) s’est enrichi(e) par rapport à l’extérieur. On vérifie donc si les exportations sont supérieures aux importations. Si c’est le cas, on observe un bilan positif. Avec l’extraction d’un grand nombre de ressources naturelles, la construction de beaucoup d’infrastructures et la création d’emplois, le PIB ne peut qu’augmenter dans les prochaines années. Toutefois, si le bilan est positif, il l'est possiblement au détriment des citoyens québécois qui sacrifient des services publics pour augmenter des exportations qui profitent à des capitaux, en partie étrangers. De plus, l’augmentation des exportations n’est pas nécessairement une bonne chose puisqu’elle nous rend encore plus dépendant de l’économie mondiale. Dans un contexte de crise économique mondiale, la demande pour nos minéraux sera moins grande, baissant ainsi le prix des ressources sur le marché mondial.

Alors qu’Hydro-Québec et son hydroélectricité appartiennent encore aujourd’hui aux Québécois, le Plan Nord donnera au Québec dans 25 ans des routes, des chemins de fer, des infrastructures portuaires dans une région désertée. Si ce projet est un excellent moyen de relancer l’économie, c’est évidemment un choix judicieux sur le plan politique puisqu’on augmente les recettes fiscales et on augmente le PIB québécois, assurant un excellent bilan à court et moyen terme. Si ce projet est pour profiter à l'ensemble des Québécois et justifier un intervention majeure du gouvernement, les compagnies minières impliquées se doivent d'être détenues par des gens d'ici.


1 commentaire:

  1. Billet très intéressant, mais n'y aurait-il pas également un grand potentiel pour l'innovation dans le Grand Nord, surtout dans le domaine des hautes technologies. Par exemple, accueillir des fermes de serveurs comme le fait la ville de Lulea dans le nord de la Suède qui accueille les serveurs de Facebook en Europe. Cette installation utilise le climat froid pour refroidir ses serveurs, ce qui épargne énormément d'énergie.

    Baser une partie de l'économie sur l'innovation de nouvelles technologies ne serait-il pas un bon moyen pour compenser les fluctuations du marché des ressources naturelles? Surtout que la demande en stockage de données ne va pas cesser de grimper. Cela permettrait également au Québec de se replacer à l'avant-garde, comme quand il était le pionnier dans le transport d'électricité sur de longues distances, mais cette fois-ci dans le domaine du transport de données.

    Accueillir les grandes compagnies de haute technologie telles que Google ou Facebook ne serait-il pas un autre moyen de relancer l'économie du Québec en profitant du climat froid du Grand Nord sans trop exploiter l'environnement et le sous-sol? Qu’en penses-tu?

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